MotoGP – Sachsenring : Les réponses de Michel Turco



Vous avez été nombreux à poser vos questions à notre envoyé spécial Michel Turco à l’issue du Grand Prix d’Allemagne. Voici ses réponses…

Stef : Comment expliquer cette superbe perf de Jonas Folger ? Pourquoi n’essaie-t-il pas de se croire en Allemagne à chaque GP ? Est-ce positif pour Zarco de partager les attentes des fans de Tech 3 et donc de partager la pression ?

Folger s’est très bien adapté au MotoGP et il s’est tout de suite senti à l’aise en montant sur la M1. Pour rappel, il était très rapide lors des tests hivernaux, la plupart du temps devant Zarco. Jonas est dans le coup depuis le début de l’année avec de bons perfs aux essais et des résultats très corrects en course (top 6 en Argentine et en Catalogne, top 7 au Mans, top 8 à Jerez…). Son podium n’arrive donc pas comme un cheveu sur la soupe. Il ne fait aucun doute que le fait de rouler chez lui l’a transcendé. Jusqu’à présent, il se mettait beaucoup de pression et ratait souvent ses débuts de course. Au Sachsenring, il n’en a rien été. Ajoutons qu’il connaît bien cette piste sur laquelle personne ne fait jamais d’essais et qu’il a très bien négocié son week-end avec un départ de la deuxième ligne et une course dans le rythme de Marquez. Pour ce qui est de Zarco, je ne vois pas le problème par rapport à ses supporters. Johann est en confiance et personne ne peut dire qu’il roule aujourd’hui au-dessus de ses pompes. Sans ambition, il ne faut pas espérer réussir en MotoGP.

Laurence : Ducati va-t-il modifier sa Desmosedici pour Lorenzo ou est-ce à lui de changer son style de pilotage vu les résultats des autres pilotes de la marque ?

Voilà une question qui fait aujourd’hui débat chez Ducati. Comme toujours, c’est une affaire de compromis. L’équipe italienne essaie d’adapter la moto à ses besoins et Lorenzo essaie de faire évoluer son pilotage pour tirer profit des points forts de la Desmosedici. De toute évidence, ce sera à lui de faire le plus d’efforts car Dovi a encore démontré cette année que la Ducati valait mieux que les résultats de l’Espagnol. On peut néanmoins douter de la réussite de l’entreprise, sachant que Lorenzo a beaucoup de mal à faire autre chose que ce qu’il sait faire, et que ce que ce réclame la Ducati, moto très physique, est aujourd’hui à l’opposé de sa façon de piloter.

Yvan : Il me semble sur les images embarquées que Mattia Pasini n’a pas de levier de frein avant au guidon droit ? J’ai mal vu ou quoi ? Pourquoi Zarco met autant de temps à sortir du box en FP ou au warm-up au risque de faire quelques tours en moins sur la piste ? J’ai compris que c’était pour ne pas être englué dans le trafic mais il pourrait au contraire partir en premier ?

Pasini n’a effectivement pas de levier de frein au guidon droit. Ce levier se trouve à gauche, au-dessus de son levier d’embrayage. Mattia a été victime il y a quelques années d’un accident qui l’a laissé avec un nerf très abîmé et un bras droit atrophié. N’ayant pas assez de force dans ce bras droit, il n’utilise que son bras gauche. Pour ce qui est de Zarco, le moment de prendre la piste pour un pilote est rythmé par différentes considérations : stratégie d’essais de réglages ou de pneus, gestion de ce capital pneus, conditions de piste, trafic, observation des adversaires… L’objectif n’est pas de faire un maximum de tours mais de les faire sur le bon rythme et à bon escient.

Jean-Marie : Pourquoi les pilotes Factory Yamaha ne reviennent-ils pas sur le modèle 2016 qui semble plus efficace au vu des performances des pilotes Tech 3 ?

Qui n’avance pas recule. Rossi comme Viñales ont récupéré des châssis 2016 pour les tester à Barcelone mais ils ont l’un et l’autre préféré poursuivre avec les modèles 2017 car ils sont persuadés qu’ils peuvent en tirer un meilleur parti, notamment sur les fins de course. Rappelons quand même que si Zarco et Folger ont tous les deux réussi à monter sur le podium, Viñales et Rossi ont remporté quatre des neuf premiers Grands Prix. Et Honda n’a gagné que trois courses.

Fabien : Je voudrais connaître les principales différences qu’il y a entre les Honda RCV de Rabat, Miller, Crutchlow et celles du team Repsol ? Les Yamaha Tech 3 2016 sont très performantes comme celles de 2017 du team usine d’ailleurs. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de Yamaha sur le plateau MotoGP ? Je pense que plusieurs teams privés seraient ravis de lâcher les Ducati inconduisibles et hors d’âge pour une Yamaha 2016 voir même 2015…

Chez Honda, tous les pilotes disposent de la même moto en début de saison. Ensuite, les deux officiels bénéficient d’évolution sur mesure alors que les clients s’en passent. A moins d’excellents résultats et d’une trouvaille phénoménale. Depuis l’an dernier, Crutchlow bénéficie lui aussi d’un traitement de faveur. Le pilote LCR participe au développement de la RCV et teste régulièrement des pièces et des réglages proposés par les ingénieurs du HRC. Il court d’ailleurs depuis plusieurs courses avec les spécifications utilisées par Marquez (châssis, échappement plus court…) car son pilotage est plus proche de celui du champion du monde en titre que celui de Pedrosa. Cal a d’ailleurs renouvelé son contrat avec Honda en signant en direct avec le HRC. Les Japonais ayant décidé de modifier leur politique, il sera le seul l’an prochain avec Marquez et Pedrosa à disposer d’une moto 2018. Les autres rouleront avec les modèles 2017. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de Yamaha sur le plateau ? Parce que Yamaha ne veut pas fournir plus de quatre pilotes.

Dominique : Sur la ligne de départ les pilotes retirent un tear-off de leur écran et le jettent sur la piste. Cela pose-t-il un problème pour les motos qui passent dessus en pleine accélération ?

Personne ne s’est jamais plaint de la présence de tear-off, mais la question ne manque pas de sens.

Guy : Concernant la déclassement de Mattia Pasini, ne serait-il pas mieux d’infliger une pénalité au team car je doute que Mattia soit responsable de l’huile qu’ils mettent dans le moteur…

Pasini déclassé, le team l’est aussi. On ne peut pas imaginer qu’un pilote dont l’équipe comment une erreur ne soit pas pénalisée. Cela laisserait la porte ouverte à toutes les tricheries.

Sronzel : Que dit-on dans le paddock sur la zen attitude de JL99 ? Car pour un pilote de son calibre, faire ce genre de résultats, ça doit le gonfler sévère non ?

Quand tu encaisses huit patates à l’année, tu peux rester zen. Surtout quand tu t’y es engagé par écrit. Et puis la ramener quand ton coéquipier gagne des courses, cela serait plus contreproductif qu’autre chose, non ?

Daniel : Pouvez-vous faire un point sur la composition des équipes en 2018 ?

Pas de changement en vue dans les équipes officielles. Il n’y a que chez Avintia où le flou demeure vraiment. LCR devrait aligner un deuxième pilote, très certainement Nakagami, et chez VDS où Morbidelli fera ses débuts en MotoGP, ce sera soit Miller soit Redding. Petrucci a rempilé chez Pramac et Bautista chez Aspar où Abraham devrait aussi continuer l’an prochain.

Max 1 : A mi-saison Fabio est 16 au championnat et 3e débutant, soit loin de ses objectifs. Comment expliquer qu’il ne progresse pas comme les autres débutants et que sa meilleure course soit toujours la première au Qatar ?

Tout le monde ne progresse pas au même rythme. Fabio ne dispose pas non plus du même environnement que Francesco Bagnaia, et c’est à mon sens ce qui lui manque. Aussi doué soit-il, aussi compétent soit Santi Mulero, le directeur technique de l’équipe, le team Pons manque de moyens et cela se ressent forcément. Fabio peine toujours en début de course avec le plein d’essence et il manque encore d’agressivité en bagarre. Des détails à travailler et pour lesquels il aurait besoin à mon sens d’être mieux entouré.

Alexandre : J’ai entendu parler de négociations entre Avintia et Xavier Simeon sur l’antenne Belge ce dimanche. Sait-on si Avintia gardera Loris et/ou Barbera l’an prochain ? Aux dernières nouvelles Miller ne prolongerait pas chez M.VDS. En sait-on un peu plus aujourd’hui sur les possibilités (pour lui ou pour sa place) que cela provoquerait sur les transferts ? On entend beaucoup de pilotes parler d’effondrement de leurs pneus, ou on peut voir des gars comme Lorenzo, Rossi ou Pedrosa passer des plus rapides d’un GP aux plus lents (en exagérant un peu) en quelques tours pour parfois revenir dans le bon rythme (Lorenzo en Espagne). Sait-on si cela provient réellement des pneus ou si cette année personne n’a réellement fabriqué une moto « stable » et compréhensible en terme de réglages ?

Pour l’instant, on sait que Barbera ne sera plus chez Avintia. L’Espagnol a été informé que son manque d’implication avait fini par lasser Raul Romero. Pour Loris, rien n’est perdu, mais ses récentes saillies sur les réseaux sociaux (cf MR) ne lui ont pas fait marquer des points. Simeon est effectivement un candidat. Un candidat d’autant plus crédible qu’il pourrait amener un budget comme le fait Abraham chez Aspar. Miller, pour l’instant trop gourmand en salaire, peut encore rester VDS s’il accepte l’offre de l’équipe. A moins qu’il n’obtienne mieux chez Pramac, ce qui est loin d’être sûr… Pour ce qui est des pneus, on ne peut pas faire de généralité car sur plusieurs Grands Prix cette saison le record du tour a été réalisé en fin de course. Et quand Lorenzo fait le yoyo à Barcelone, c’est une question de physique et de moral, rien à voir avec les pneus puisque tout le monde était à l’arrêt à cause du manque de grip dès les premiers tours. Si les pilotes se plaignent des pneus, c’est parce qu’ils estiment que le comportement de leurs gommes varient trop d’un circuit à l’autre.

Mathieu : Depuis combien de temps il n’y avait pas eu 4 leaders différents dans la première moitié du championnat ? Avec ce championnat extrêmement serré, (3 leaders différents sur les 3 dernières courses ) qui voit tu remporter le titre en fin de saison et pour quelle raison ?

Si l’on se fit à l’ami Thomas Morsellino, expert en statistiques, il faut remonter à la saison 2008 avec Stoner, Pedrosa, Lorenzo et Rossi. Et sinon, c’est 1974. A l’époque, il n’y avait que dix courses et après cinq Grands Prix, Phil read, Edmund Czihak, Barry Sheene et Gianfranco Bonera s’étaient partagé le leadership.

Harry : Pourquoi le Grand-Prix d’Allemagne se dispute-t-il toujours sur ce tourniquet au lieu du prestigieux circuit d’Hockenheim ? C’est une affaire de contrats, de sécurité, autres ? Je suis surpris que les commissaires de piste laissent Alex Marquez se relever après sa sévère gamelle avec bécane sur la tronche en plus de cela. Je ne suis pas secouriste mais je pense qu’une évacuation (lente) sur brancard était un minimum pour le cas présent car ce n’est pas parce que le pilote se relève qu’il n’a rien de grave. Hémorragie interne et ses conséquences, les commissaires de piste savent-ils ce que cela implique ? Des secouristes sont-ils systématiquement présents auprès des commissaires de piste ?

Parce que le circuit d’Hockenheim n’est plus homologué, parce que les dernières courses qui y avaient été organisées n’avaient pas fait recette et parce que le Sachsenring, berceau de l’usine MZ, fait partie de l’histoire de la course moto allemande. Pour ce qui est de Marquez, plus de peur que de mal. Si les commissaires l’ont laissé se relever, c’est qu’ils avaient l’assurance qu’il pouvait le faire. Chaque poste de commissaires est relié à la direction de course et une équipe d’urgentiste permanents est toujours prête à intervenir en cas de besoin, on l’a encore vu aux essais avec la chute de Martin en Moto3. Le directeur de course n’hésite jamais à sortir le drapeau rouge si la sécurité d’un pilote l’exige.

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