Ecologie ou économie ? Telle est la question

Ecologie ou économie ? Telle est la question


Enguerrand Lebec, journaliste à Moto Revue, montre du doigt, exemple à l’appui, cette tendance des marques de deux-roues électriques à privilégier les bénéfices comptables pour leur société plus qu’écologiques pour celle dans laquelle on vit.
Le journalisme moto est une source inépuisable d’expériences, et les plus marquantes d’entre elles ne se vivent pas toujours derrière un guidon. Je viens d’effectuer un voyage de presse aux États-Unis pour aller faire un reportage sur Zero Motorcycles, ce constructeur californien de motos électriques (voir MR n° 3904). Depuis deux ans, Zero illustre bien la politique des marques de deux-roues électriques, qui consiste avant tout à développer l’image de la marque plutôt que de proposer de vrais produits grand public.
Tout ce que j’ai vu là-bas confirme le fait que la question du véhicule électrique est d’abord abordée par les industriels d’un point de vue plutôt économique qu’écologique. Essai de moto à la hâte, visite d’usine vide, recharge des batteries à l’aide de générateur au diesel, autonomie réelle invérifiable et tarif irréaliste, tout concorde vers le plan média savamment orchestré. Et ce n’est pas le mode de vie de nos hôtes, au demeurant charmants, mais roulant dans des voitures survitaminées et se nourrissant de produits issus d’une agriculture intensive, qui va nous convaincre de la sincérité de leur démarche.

La révolution électrique n’est pas en marche, mais on cherche pourtant à bien nous convaincre que quelque chose se passe, que quelque chose existe. Et pour cause, les enjeux – économiques, bien sûr – sont énormes. Zero Motorcycles, comme d’autres constructeurs, a reçu des dizaines de millions de dollars de financements publics et privés pour accroître son activité. De quoi convertir n’importe quel sceptique à la religion de l’électrique.
Tout dans la gestion de Zero Motorcycles ressemble à une scène de théâtre de boulevard. Ce matin encore, un message sur ma boîte mail m’informe que le PDG « historique » (il n’était en place que depuis 2007) prend sa retraite ! Le communiqué précise que Gene Banman, le jeune retraité, avait orienté « ses efforts pour trouver des investisseurs capables de supporter le développement de Zero Motorcycles ». Il semble avoir tellement réussi qu’il peut déjà se mettre au vert. Toujours selon le communiqué de presse, ce brave homme était devenu PDG de Zero Motorcycles en « 60 jours ». Vous en connaissez beaucoup des entreprises où un salarié accède au poste de PDG en si peu de temps ?

Le développement de ce genre d’entreprises ressemble à celui des centaines de start-ups du début des années 2000. En attendant, le mode de vie que nous proposent les véhicules électriques continue d’être un retour vers un passé industriel révolu, ou comment payer – beaucoup – plus cher des véhicules moins performants. Sans parler de la production polluante de l’électricité (les Chinois la produisent encore massivement à base de charbon). Les hommes se posent désormais la question de l’énergie. Mais ils se montrent incapables d’y apporter des réponses cohérentes ou concrètes. Et ce que le marketing nous propose, c’est un serpent de mer qui se mord la queue.
Nous sommes prêts à avaler qu’une révolution est en marche pour permettre à quelques opportunistes de se remplir les poches en jouant sur la corde sensible des questions environnementales. En attendant, dans de nombreuses grandes villes, des centaines de milliers de Chinois roulent sur des scooters électriques qui fonctionnent très bien et ne coûtent rien à l’achat. Ils n’ont donc pas fait le choix de l’électrique par souci d’écologie, mais en raison du côté bon marché de ce type de véhicule. Comme quoi, écologie et économie demeurent à nos dépens indissociables.

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