Objectif Grand Prix : espoirs en devenir



Les petites cylindrées étaient de retour cette année en championnat de France Superbike à travers Objectif Grand Prix. Cette catégorie au dessein explicite, et dévolue au Pré-Moto3, a fait souffler un vent de jeunesse dans le paddock et sur la piste. Ce pourrait bien être le renouveau de la filière française.

La moto française recherche ses futurs talents. Outre une phrase d’introduction digne d’une petite annonce pour un télé-crochet, cette accroche révèle avant tout une récente résolution nationale. Voici quelques années que de nombreuses opportunités sont mises en place pour permettre aux plus jeunes de découvrir puis de débuter la compétition moto dans de bonnes conditions. École motocycliste itinérante, journées de détection, multiples coupes de marque… l’Hexagone connaît un certain engouement pour le sport moto sous l’impulsion des principaux acteurs du milieu, tels que la Fédération française de motocyclisme et différents importateurs. L’objectif est simple et précis : il faut assurer la relève de Loris Baz, Johann Zarco, Fabio Quartararo et Jules Danilo, seuls représentants français au sein de l’élite mondiale : les Grands Prix. Une présence finalement bien modeste face aux 21 pilotes italiens et 25 pilotes espagnols permanents sévissant dans le même paddock. Si les facilités pour débuter existent, la disparition de la catégorie Moto3 du championnat de France en 2015 a mis la filière française en difficulté. Le processus d’évolution guidant les jeunes vers le haut de la pyramide s’est subitement interrompu avec l’absence de ces petites cylindrées, qui formaient alors l’unique lien entre le niveau national et les Grands Prix. Alors que les championnats hexagonaux n’étaient déjà pas spécialement privilégiés par les espoirs, qui préfèrent rouler en Italie ou en Espagne, un ultime et précieux atout s’est évanoui. Fort heureusement, la moto est intrinsèquement un foyer de passion qui aboutit parfois à des initiatives inattendues de la part de petites structures tel que Kapmédia. Ainsi est né Objectif Grand Prix, le nouveau championnat de France Pré-GP et Pré-Moto3.

Raviver l’amour de la moto

Le principal intérêt de ce nouveau championnat tient donc dans la jeunesse de ses acteurs. Collégiens la semaine, pilotes le week-end, ces garçons et filles cachés derrière un écran fumé et parés d’une combinaison de cuir ont en moyenne quatorze ans. C’est non sans surprise que l’on observe les minois révélant l’âge de certains concurrents (12 ans pour les plus jeunes) une fois le casque ôté, l’enfance contrastant avec l’image rugueuse qui colle à la compétition moto. Il est néanmoins inutile de s’attendrir devant ces visages juvéniles : une fois en piste, la vitesse et la compétition reprennent leurs droits. Ces jeunes ont même un soupçon d’inconscience supplémentaire leur inspirant parfois quelques actions de folie. Pour autant, bien avant d’en faire des compétiteurs aguerris, Thierry Capela, le promoteur d’Objectif Grand Prix, souhaite raviver l’amour de la moto auprès de ces enfants. « Ce n’est pas un secret, la compétition moto est un milieu assez difficile. On peut rapidement s’y perdre et se décourager. C’est pourquoi j’ai mis en place toute cette structure autour de l’OGP. » Il faut dire que la catégorie a été intelligemment pensée. Cette dernière est organisée comme un habile mélange d’un championnat classique et d’une coupe de marque. Si les participants peuvent rouler avec différentes motos et disposent chacun de leur structure, ils profitent toutefois d’un encadrement complet et d’un soutien de circonstance. Ainsi, dès leur arrivée sur le circuit, les jeunes bénéficient d’un briefing avec Jimmy Petit, multiple champion de France, destiné à leur préciser les caractéristiques de la piste. Un ostéopathe est à leur disposition durant l’intégralité du week-end. Sans oublier le reste de l’équipe présente pour répondre aux questions d’ordre sportif, logistique ou administratif.

La grille de départ ne comptait en moyenne qu’une dizaine de pilotes pour cette année de lancement, un nombre qui devrait doubler en 2017 selon l’organisateur. © PHOTOPRESS
La grille de départ ne comptait en moyenne qu’une dizaine de pilotes pour cette année de lancement, un nombre qui devrait doubler en 2017 selon l’organisateur. © PHOTOPRESS

Et les plus heureux sont bien les parents. « C’est réellement valorisant pour nous, concède Amaury Le Roux, père d’Arthur. Un tel encadrement nous facilite vraiment la vie pendant le week-end mais c’est aussi une certaine garantie. Observer un tel investissement de la part du promoteur, tout comme de Sherco et de la FFM, nous pousse à croire au projet. Ils prennent presque plus de risques que nous. C’est une assurance de ne pas se faire abandonner en cours de route. Puis Thierry Capela offre aux enfants une opportunité de rêver. Ils restent réalistes mais ici, ce sont des pilotes. » Bien que la finalité soit clairement définie dans le nom du championnat, Objectif Grand Prix ne se targue toutefois pas d’envoyer à coup sûr ses pilotes en GP. L’idée n’est pas non plus de les cajoler. « Nous devons garder les pieds sur terre, concède le promoteur, peu seront de futurs Quartararo mais notre formule les plonge déjà dans le grand bain. Nous leur offrons les moyens d’être remarqués et de possibles ouvertures avec certains de nos partenaires gravitant dans le milieu. Il y a tout de même un titre de champion de France à la clé et le vainqueur se voit offrir une wild card à la finale Pré-Moto3 du championnat d’Espagne RFME. Il ne tient ensuite qu’au jeune de démontrer son potentiel. » Être une rampe de lancement vers le haut niveau, telle est la vocation à terme de l’OGP. Un rôle qui passe inéluctablement par l’apprentissage d’une moto de course.

Une moto de course et rien d’autre

Le choix de la catégorie Pré-Moto3 n’est pas un hasard. Elle constitue la solution la plus simple pour associer une moto de course à un budget raisonnable. Sherco, Moriwaki MD, Metrakit, BMS Honda… ces machines composées d’un monocylindre 250 cm3 4-temps de tout-terrain et d’un cadre rigide spécifique s’avèrent plus abordables à l’achat et nécessitent moins d’entretien qu’une Moto3. Elles dispensent pour autant une réelle expérience de moto de course. « C’est ce qui nous a convaincus de participer dès la première année, explique Jean-Michel Cathala, le team manager de Clément Rougé, champion de France Pré-Moto3 2016. Les coupes de marques sont intéressantes, notamment en ce qui concerne les bagarres dues aux motos identiques mais à un moment donné, il faut passer sur de véritables machines pensées pour la piste afin d’évoluer. Les jeunes peuvent alors apprendre à freiner fort, à dériver, à mettre la moto en contrainte et à passer vite en courbe. Il n’y a que l’OGP qui propose cela en France. » Autre avantage non négligeable, le règlement technique ainsi défini permet de participer au championnat d’Espagne RFME Pré-Moto3 avec la même machine. Seuls le boîtier ECU, l’utilisation de l’acquisition de données et la ligne d’échappement divergent de l’autre côté des Pyrénées. « Nous n’avons même pas besoin de changer les carénages, s’enchante Jean-Michel Cathala. Nous faisons donc les deux championnats afin de permettre à Clément de multiplier les roulages et de progresser. » Moteur et ECU d’origine, absence d’acquisition de données, fourche à cartouche interdite : malgré la réglementation de l’OGP, les possibilités d’améliorations ne sont pas dérisoires. L’aérodynamisme, l’échappement, le braquet et la partie-cycle laissent pas mal de possibilités aux teams et aux pilotes. Ce sont autant d’éléments qu’il faut déchiffrer pour ces jeunes compétiteurs.

Enfin une véritable filière «made in France»

Une tâche passablement ardue, surtout lorsque l’on effectue sa première année sur une telle moto ou en compétition. Le niveau du plateau s’est montré ainsi très disparate. Si Clément Rougé a survolé la saison, remportant douze des quatorze courses, d’autres pilotes ont connu une importante progression, à l’image de Joris Ingiulla ou d’Amélie Triffet. Et la vice-championne Mini- GP 125 de Belgique 2015 de préciser : « Il a fallu s’habituer à beaucoup de choses cette année, comme la vitesse, la prise d’angle, la position sur la moto ou encore les grands circuits. » Certains encore se sont contentés de simples wild cards avant de s’engager pour la prochaine saison, profitant ainsi de la location de Sherco 250 SEF-R mise en place par la Fédération française de motocyclisme. Cette dernière a effectivement acquis dix motos afin de faciliter l’accès à Objectif Grand Prix. Un signe supplémentaire qui pousserait à croire que la roue tourne pour la moto française. Ainsi associé à la FFM et à Sherco, Objectif Grand Prix pourrait devenir cette fameuse filière « made in France » qui manquait tant ces dernières années. La base est prometteuse. Mais comme le fait un pilote, il faut désormais gravir les échelons au fur et à mesure.

Pilotes et papas assistent aux briefings. © PHOTOPRESS
Pilotes et papas assistent aux briefings. © PHOTOPRESS
Clément Rougé a survolé la saison, mais remettra son titre en jeu en 2017. © PHOTOPRESS
Clément Rougé a survolé la saison, mais remettra son titre en jeu en 2017. © PHOTOPRESS
Amaury Le Roux apprécie la présence de Sherco en OGP. © PHOTOPRESS
Amaury Le Roux apprécie la présence de Sherco en OGP. © PHOTOPRESS
Selon la moto, il s’agit de favoriser certaines phases de pilotages. © PHOTOPRESS
Selon la moto, il s’agit de favoriser certaines phases de pilotages. © PHOTOPRESS
Un tirage au sort permet aux jeunes de gagner des pneus Pirelli à chaque course. Arthur Le Roux était ici le plus chanceux. © PHOTOPRESS
Un tirage au sort permet aux jeunes de gagner des pneus Pirelli à chaque course. Arthur Le Roux était ici le plus chanceux. © PHOTOPRESS
Matthieu Gregorio, pilote officiel Sherco, termine deuxième au championnat. © PHOTOPRESS
Matthieu Gregorio, pilote officiel Sherco, termine deuxième au championnat. © PHOTOPRESS
Chaque week-end, Jimmy Petit prodigue de précieux conseils aux jeunes pilotes.
Chaque week-end, Jimmy Petit prodigue de précieux conseils aux jeunes pilotes.
Si la tête de course était peu disputée à Albi, derrière, certains ne se laissaient pas faire. © PHOTOPRESS
Si la tête de course était peu disputée à Albi, derrière, certains ne se laissaient pas faire. © PHOTOPRESS
La Belge Amélie Triffet était la seule fille du plateau et elle n’a pas démérité en terminant à la 5e place finale. © PHOTOPRESS
La Belge Amélie Triffet était la seule fille du plateau et elle n’a pas démérité en terminant à la 5e place finale. © PHOTOPRESS
Le podium final se compose de Clément Rougé, Matthieu Gregorio et Joris Ingiulla. © PHOTOPRESS
Le podium final se compose de Clément Rougé, Matthieu Gregorio et Joris Ingiulla. © PHOTOPRESS
Thierry Capela et l’intégralité de l’équipe Objectif Grand Prix posent avec leurs jeunes espoirs. © PHOTOPRESS
Thierry Capela et l’intégralité de l’équipe Objectif Grand Prix posent avec leurs jeunes espoirs. © PHOTOPRESS

3 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Pour être compétitif dans cette catégorie il faut un budget de 20000 Euros mini par saison !
    C’est pourquoi le niveau est « disparate » , bien des jeunes qui seraient rapides n’ont pas un
    papa en mesure d’aligner un tel budget…

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  2. Donc on va former des minots pour qu’ils aillent ensuite en Espagne ?
    Parce que la suite, si j’ai bien compris, n’existe plus en France (fin du moto3)
    J’ai un peu de mal à saisir le projet…

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