Interview : Julien Toniutti revient sur son Tourist Trophy



Julien Toniutti participait cette année à son deuxième Tourist Trophy sur l’île de Man. Le Français nous confie comment il a négocié cette édition 2017.

Comment s’est passé ce deuxième Tourist Trophy pour toi ?

Il s’est plutôt bien passé. J’améliore mon chrono de l’année dernière de quatre secondes et ce n’était pas forcement gagné au début car la météo ne nous a pas aidé. J’avais pu faire au moins 40 tours en 2016 entre les essais de la 600 et de la 1000 ainsi que les courses. Ça fait plus de 2400 km. Et là on en a fait 30 ou 40% de moins. En plus, nous ne sommes pas forcement parti dans la bonne direction au niveau du réglage de la partie-cycle et en particulier de l’amortisseur arrière. On a trouvé un peu tard ce qui fonctionnait donc ce n’était pas un TT facile cette année, mais on a fini par y arriver.

Tu t’attendais à améliorer plus significativement ton chrono pour ta deuxième participation ?

Je savais que les années se suivent et ne se ressemblent pas forcement. L’année dernière, c’était pour moi inespéré d’être à seulement une seconde du record de Fabrice Miguet qui avait fait son meilleur tour en 18’36 en 17 éditions. L’objectif cette année était d’arriver à le battre. Je savais que c’était possible mais je m’imaginais faire un petit mieux car je pensais m’être mieux préparé, que ce soit physiquement ou la moto. Ça a amélioré, pas autant que j’aurai espéré, mais c’est déjà bien d’être dans ces chronos là compte tenu du contexte.

La Yamaha n’est peut-être pas la machine idéale au TT ?

Je n’ai pas assez d’expérience au TT pour dire si c’est la bonne machine ou pas. Il n’y a pas de mauvaise machine, mais il y a peut-être des motos qui vont mieux que d’autres. Sur un tracé aussi exigeant que celui là, quand on sait que le tour fait 60 kilomètres et que la course fait 6 tours, il faut une machine qui soit facile, pas fatigante, avec un moteur bien rempli sans être trop « on/off ». Là où on peut se poser des questions, c’est que sur 80 engagés dans chaque catégorie, il y a entre trois et quatre R1 au départ. Donc on peut se demander si c’est vraiment la meilleure moto pour rouler sur ce type de tracé même si c’est une très bonne moto en endurance ou en Superbike. Il y a deux ans, Michael Dunlop est monté sur la R1, a fait quelques tours et est allé récuperer une S1000 RR. La moto venait juste de sortir dans le commerce et était seulement au stade de développement sur le TT mais c’est sur que ça n’a pas aidé pour l’image de la moto sur cette course. Son frère William roule aussi avec la R1 et a tout de même fait une 7ème place en Superstock cette année, donc à mon niveau, c’est plus un problème de pilotage et de connaissance du tracé. Il faut bosser.

Qu’est-ce qui t’impressionne quand tu te retrouves derrière Michael Dunlop ou Ian Hutchinson ?

Quand je suis derrière eux, c’est que je me fais doubler et cela ne dure pas longtemps (rires). C’est la manière dont ils arrivent à exploiter toute la route, le moindre centimètre carré. Quand on regarde au chrono, cela peut paraître un peu loin. Je suis à environ 1 minute 30 au tour. C’est énorme mais quand on ramène ça au kilomètre, cela fait 1,5 secondes. C’est beaucoup et pas beaucoup. Il faut aller les trouver. Et puis le fait d’arriver à pousser le curseur encore plus loin dans la prise de risque. À mon petit niveau il y a déjà beaucoup de risque mais eux ils passent au delà de ce cap là, c’est vraiment impressionnant.

Cette édition a encore été endeuillée, c’est une chose à laquelle tu penses ?

Oui, bien sur que j’y pense. C’est obligé. Ce serait très dangereux de ne pas y penser. J’ai un petit garçon de trois ans et il a besoin d’avoir un papa et une maman pour grandir. Un mec comme Michael Dunlop, malheureusement pour lui, il a perdu son oncle en course sur route, puis son père, il n’a pas d’enfant, son seul objectif c’est d’emplâtrer des courses. Savoir s’il va y laisser sa vie ou pas, j’ai l’impression que cela ne lui pose pas trop de soucis. Quand tu vois dans le film Closer to the Edge où il dit que celui qui veut le doubler, il faut qu’il soit prêt à mourir, c’est là que tu te rends compte qu’on est pas forcement dans le même état d’esprit. J’essaye de garder une très grosse marge de sécurité, eux cela ne leur pose pas soucis.

Comment c’est de rouler à fond sur l’île de Man ?

C’est une question qu’on me pose souvent, tu ne peux pas le décrire. Beaucoup de personnes ont vu des vidéos et cela te donne déjà une idée même si les caméras cassent un peu la vitesse. Quand on vient voir le TT en spectateur, on se rend déjà compte de ce que ça peut être. En tendant la main, on peut toucher les spectateurs en bord de route donc on est vraiment à deux mètres des pilotes et quand les pilotes passent, ça va tellement vite qu’on sent le souffle, l’odeur des gaz d’échappement, les feuilles qui tournent sur la route… C’est déjà une sensation unique. Après, expliquer ce que l’on peut ressentir sur la moto, ce n’est pas possible. C’est hors norme. C’est quelque chose qu’on ne peut pas retrouver ailleurs. En France, si tu veux être hors la loi, tu prends ta sportive et tu vas mettre à fond sur la route. Mais même en faisant ça, tu ne peux pas te rendre compte de ce que ça fait de rouler pendant 2 heures à plus de 200 km/h de moyenne, avec des pointes à 300 km/h.

Quelle est la suite du programme pour toi ?

En rentrant du TT, j’ai enchainé avec une victoire sur le rallye de l’Ain au guidon d’une Street 800 RS. Je vais faire le rallye du Dourdou dans deux semaines puis le Moto Tour au mois d’octobre. Et puis bien sur que je commence à penser au TT 2018. On a toujours envie d’y retourner, c’est un peu comme une drogue. Je ne sais pas encore avec quelle équipe, mais si c’est avec le team Optimark ça serait parfait.

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9 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Merci pour cet article très intéressant et surtout Merci à Julien pour la description de ses sensations et de ses états d’âme quand il participe à cette course.
    Les Anglais sont de grands malades mais ils savent organiser ce genre de courses sans avoir à faire, en plus, la police pour empêcher les cons et connes de traverser « au bon moment ».
    Si c’était en France (de la pure science fiction) il y aurait 1 spectateur tué à chaque traversée de hameau car beaucoup de gens sont totalement inconscients du danger.

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  2. Connerie de mode d’emploi de merde de ce forum.
    Qui te shoote quand tu oses commenter un pareil article, et que tu craches ton émotion.
    Monsieur le génie du forum, sors de ce corps et remets les pendules à l’heure, c’est ridicule, et toi qui a pondu ce mode d’emploi, tu es aussi ridicule.
    Limite indécent, un truc pareil.
    Fuck & re-fuck !!!

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    1. Quand tu as un message d’erreur CAPTCHA : clique sur la flèche de retour (en haut à gauche de ton écran) et tu devrais revoir ton post. Ensuite clique sur la sorte de flèche circulaire à côté des chiffres. MR va changer la devinette (prends une calculatrice car le calcul de tête est difficile pour les gens du Sud). Donne une bonne réponse et … ça passe à fond de six sur l’angle.
      Harry

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      1. Non Harry, c’est souvent un texte même court qu’on te shoote dans le cosmos sans crier gare.
        C’est pas grave, mais quand tu réagis à un article et sonn contenu tel que celui de Julien Toniutti ci dessus, moi ça me met en rogne de suite, on t’envoie de l’émotion, tu réponds idem avec et pour tes collègues, et on te dézingues lâchement.
        Tellement lâchement que ya degun pour venir ici présenter les excuses de MR et promettre des corrections.
        Correction qui n’a plus lieu d’être ici, donc …

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  3. Tout ça pour essayer de dire mon admiration sans bornes pour les pilotes du TT, pour le TT, pour le com de Julien ci dessus, pour les Dunlop, Mc Guiness, Guy Martin et les autres, TOUS les autres.
    Quand on connait le palmarès de cintré givré de Toniutti en rallyes Français, lire ainsi son humilité face au TT et ses pilotes …
    Total respect, les mecs, admiration même !
    Total respect

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  4. Rappel pour les passionnés , ce WE manche US de SBK à Laguna Seca !
    Rââââ le Corkscreew….j’espère que Chaz sera de retour !
    course 1 today 22 h , course 2 Sunday 22 h.
    bon we à tous.

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