L’édito de Trac’ – MR 4046 : Cher rétro

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Comme tous les quinze jours depuis des lustres, Thierry Traccan, rédacteur en chef de Moto Revue ouvre le magazine avec son édito.

Le rétro est à la mode. Définitivement. Un peu étonnant de donner un caractère « définitif » à une mode par essence passagère, mais c’est la manière avec laquelle cette tendance s’est ancrée dans notre paysage motocycliste qui justifie son emploi. « Définitivement à la mode » en somme… Parce qu’à la mode néo-rétro s’étant imposée à l’immense majorité de l’industrie depuis quelques années – qu’elle soit celle des constructeurs de motos, des fabricants de vêtements, des accessoiristes, des préparateurs, etc. –, c’est aussi le rétro pur et dur, celui des vieilles motos, qui est mis aujourd’hui à l’honneur. En témoignent l’exposition consacrée à la moto française au salon parisien Rétromobile, ou encore la vente aux enchères Bonhams organisée sous la nef du Grand Palais. Disons que ce rétro si tendance actuellement, celui-là même qui est devenu un code dont les marques de luxe – à l’instar des parfumeurs ou des couturiers – n’hésitent plus à utiliser, élargit son champ de reconnaissance.

Pour ces campagnes diffusées à la télé ou s’étalant sur papier glacé, peu importe que la moto choisie voie ses corps d’injection dissimulés sous de faux carburateurs, ou au contraire ne soit réellement « vaguement ralenti » par d’authentiques freins à tambour. L’important dans cette communication, c’est l’image. Et l’image ne varie pas beaucoup dans cet univers rétro. Du cuir (souvent râpé pour les hommes, parfois brillant et moulant pour les filles) ou de la toile (généralement délavée), un casque ouvert (sinon intégral, mais toujours de forme singulière), et une moto à l’allure dépouillée qui doit mettre en avant son moteur, son réservoir, sa selle, ses feux, son échappement, ses chromes… L’esprit, les « néo » et les « rétro » le portent de la même façon pour le grand public. Reste alors les pratiquants qui se scindent le plus souvent en groupes bien distincts et multiples, brisant parfois de manière assez absurde des passerelles qui semblaient pouvoir s’ériger très naturellement.

Parmi tous ces clans, on retrouve des collectionneurs, parfois des investisseurs, des utilisateurs de vraies anciennes, d’autres de « modernes anciennes », des préparateurs d’anciennes, des préparateurs de « modernes anciennes », etc. On peut y ajouter – ou y soustraire, c’est selon – des sous-catégories, celles qui ne jurent que par une nationalité, une marque, un genre, un modèle… Et cela vaut quelles que soient les époques. Les combinaisons sont infinies, et si beaucoup ont été définies, certaines continueront d’être posées. La mode rétro est un genre, si ce n’est complexe, au moins varié. Une variété qui lui garantit un enracinement durable dans le paysage motocycliste. Quant à son utilisation par les sociétés extérieures, elle passera, hélas. Espérons que l’on puisse encore en profiter, il est plutôt sympa de voir une image de notre pratique véhiculée de manière positive.

Trac

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