L’édito de Trac’ – MR 4048 : Au Bou du suspense



Comme tous les quinze jours depuis des lustres, Thierry Traccan, rédacteur en chef de Moto Revue ouvre le magazine avec son édito.

Sérieusement, qu’est-ce qui nous fait vibrer dans le sport, est-ce le sport ou le spectacle ? Vaste question à laquelle il semble impossible d’apporter une réponse unique, et surtout catégorique… Car déjà, il faudrait déterminer le sport dont on parle, mais aussi le niveau. Et d’ailleurs, ce sport, on en parle en tant que pratiquant ou comme spectateur ? Tiens, pour « étrangler » l’entonnoir et recentrer un sujet qui risquerait sinon de se barrer façon poussière d’étoile, concentrons- nous sur la sphère MotoGP dont la rentrée est prévue (et attendue !) dans une dizaine de jours du côté de Doha, au Qatar. Vous les ressentez, vous aussi, ces palpitations incontrôlables pré-MotoGP qui commencent à secouer nombre d’entre nous ? C’est la résultante naturelle d’un sevrage d’un peu plus de 4 mois simplement entrecoupé de quelques séances d’essais qui n’ont fait qu’attiser davantage notre excitation…

Parce qu’avant tout, qu’est-ce qui nous botte ? Découvrir un athlète aux allures de super-héros dérouler sa partition loin devant les autres, ou alors prendre en pleine tronche le spectacle d’une meute qui ne se résoudra à élire son chef que dans les toutes dernières secondes, les tout derniers mètres, les toutes dernières difficultés ? Y a pas photo ? Non, y a pas photo. Même les supporters « ultras », fans d’un unique pilote, se délecteront bien plus d’une victoire acquise à l’arraché par leur poulain plutôt qu’après un long cavalier seul de leur Rossi, Marquez, Lorenzo, etc. Une domination éclatante, écrasante, se doit d’être maquillée pour prendre tout son relief. C’est bien un spectacle avant tout que recherchent les organisateurs, un spectacle sportif soit, mais un spectacle ; en témoignent les mesures prises sous couvert d’économie en MotoGP, avec, par exemple, le manufacturier de pneumatique unique, l’électronique unique, des poids minima à respecter obligeant le lestage de certaines motos, des moteurs identiques en Moto2…

En Superbike également où, cette année, la grille de départ est « inversée » en seconde manche, conférant un handicap certain aux vainqueurs du premier débat. On n’en est pas encore au format US où, dans certaines compétitions automobiles, l’épreuve est neutralisée au cap de la mi-course afin de relancer tous les concurrents regroupés pour un sprint final qui déclarera vainqueur le premier pilote à franchir la ligne et ce, sans tenir compte des écarts de temps enregistrés lors de la première partie de course. Difficile de savoir où placer le curseur dans ce sport spectacle… En même temps, qui ne s’est jamais endormi devant le « train-train » d’un MotoGP joué en mode longue procession ? Peut-être pas le noyau hardcore. Celui-là même qui suit toujours le trial mondial malgré la domination sans partage de l’extraterrestre Toni Bou, champion du monde (indoor et outdoor) depuis 2007 – soit 20 titres mondiaux consécutifs. Drôle de paradoxe que d’imaginer une discipline ultra-spectaculaire comme le trial se réserver à un public ultra-averti. Au point de se demander si avant le sport, peut-être même avant le spectacle, ce ne serait pas le suspense qui nous ferait vibrer…

Trac

Un Commentaire - Ecrire un commentaire

Ecrire un commentaire