L’édito de Trac’ – MR 4063 : Sur trois pattes



Comme tous les quinze jours depuis des lustres, Thierry Traccan, rédacteur en chef de Moto Revue ouvre le magazine avec son édito.

Communément, quand on parle d’une mécanique fonctionnant sur trois pattes, ce n’est en général pas bon signe, parce qu’à la base, lorsqu’on reprend cette expression, la mécanique en question, c’est celle d’un 4-cylindres. Donc forcément, avec une tourelle en moins, ça ne peut que marcher beaucoup moins bien… Mais quand l’objet a été pensé dès le départ sur trois pattes – doublement trois pattes même – avec déjà un moteur 3-cylindres dédié, confirmé, reconnu car emprunté à la MT-09, et grimpé ensuite volontairement sur trois roues, on imagine que l’expression ne puisse faire, logiquement, autre chose que « pssschiiit ». Sauf que non, pour le coup, ça n’est peut-être pas aussi simple que ça… Parce que le Niken, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nouvel entrant dans l’univers des engins motorisés (difficile de parler de moto, impossible de parler de deux-roues), pousse au questionnement personnel, puis au débat.

Et quand il y a débat, que ce soit dans une rédaction, une concession, sur le zinc d’un troquet ou partout ailleurs, surtout face à tel objet, il est fatalement contradictoire. De là à prétendre que ce Yamaha Niken serait bancal ? Là encore, ça dépend de la manière d’envisager les choses. D’un point de vue dynamique, et même si on ne l’a pas encore essayé, on imagine l’exact contraire. C’est même là l’argument principal et sa raison d’être conceptuel : garantir de la stabilité, bien plus de stabilité qu’une moto guidée par une unique roue avant, et donc d’empocher le surcroît de sécurité qui va avec. Du point de vue de l’innovation aussi, on peut se dire que ce tricycle apporte quelque chose de plus, et qu’au-delà d’une roue, ce sont des aptitudes sportives et un pilotage aiguisé auquel ne peuvent prétendre les Piaggio MP3, Can-Am, trikes divers et variés – ou même side-cars – que le Niken propose.

Cette voie qu’explore Yamaha, elle la réserve d’ailleurs aux seuls motards titulaires du permis A (permis moto de grosse cylindrée, donc), exigeant de ces futurs utilisateurs des compétences spécifiques. Un comble alors que d’imaginer ce Niken bancal, lui qui semble vouloir prouver ses qualités autant par l’action que par l’esprit ? Non, pas si on l’envisage avec un regard de motard amoureux de son unique roue avant… Un motard qui exècre par principe les « déambulateurs » – fussent-ils rapides et capables de prendre de l’angle –, un motard bien conscient de sa vulnérabilité, ayant appris par son expérience à transformer ses faiblesses en force à mesure qu’il érigeait ses propres barrières, un motard amoureux des silhouettes de sylphides ne juge pas le progrès dans la propension des entreprises à proposer toujours plus, engagées dans une longue fuite en avant, et même, pour le coup, de plus en plus large…

Trac

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