L’édito de Trac’ – MR 4064 : Disjoncté ?



Comme tous les quinze jours depuis des lustres, Thierry Traccan, rédacteur en chef de Moto Revue ouvre le magazine avec son édito.

23 kilomètres… Voilà ce qu’indique l’écran de mon smartphone logué sur l’application podomètre. Ne me reste plus qu’à gober 3 ou 4 fruits et légumes pour terminer cette journée, et à moi la médaille qui récompense ceux qui, par leurs actions, tendent à réduire les dépenses de santé. Comment ça, il n’y a pas de médaille ? Pas grave… De toute façon, à la place des brocolis, j’ai bouffé des frites. Avec de la sauce. Faut pas déconner non plus… De l’huile chaude dans le ventre peut-être, mais toujours 23 kilomètres dans les guiboles ! Vingt-trois kilomètres à arpenter les allées du Salon de Milan. Un dédale de halls moquettés bondés de nouveautés, autant chauffés par les appareils que par la présence de centaines de milliers de visiteurs venus cette année encore découvrir ce que sera notre commun moto demain. Des halls richement garnis, heureusement entrecoupés de no man’s lands extérieurs réfrigérés en ce début novembre, passages salutaires pour permettre aux températures corporelles de recouvrer des seuils supportables après avoir grimpé trop haut en se frottant à de si jolies promesses.

Cette année 2018 sera encore très riche (voir MR n° 4063), tellement que quelques inédites se glissent dans nos pages, dans tous les styles comme dans tous les genres, à une réserve près… Étonnante d’ailleurs cette réserve. Après avoir fait un tour, puis deux, puis trois, chez chacun des constructeurs historiques majeurs, il fallait bien se rendre à l’évidence : quel que soit le secteur, il n’y avait aucun engin à propulsion électrique d’exposé (équivalent à une moyenne ou grosse cylindrée thermique), pas même un concept ! Vu l’air du temps, celui que l’on respire et qu’on nous demande, à force de sur-communication, d’avaler, c’est à n’y rien comprendre. Surtout quand parallèlement, dans les salons automobiles, la part prise a minima par l’hybride – et même le « full électrique » – emporte l’essentiel du gâteau, au moins quant à la com’. Avec des discours politiques très engagés, des objectifs affichés, des échéanciers décidés (même si dans l’espace-temps politique, quelques failles spatio-temporelles sont à prévoir), on imaginait découvrir dans les travées milanaises occupées par les grands constructeurs une ébauche, une interprétation de ce que pourrait être notre (sur)lendemain électrique.

Ben non, rien. Pas que ça nous enchante d’imaginer rouler électrique, on l’a souvent écrit dans ces colonnes, mais on s’étonne simplement que, dans un salon censé jouer un rôle de caisse de résonance, en 2017, l’électrique n’y ait pas fait de bruit. Et d’évoquer pour expliquer cette absence une clientèle motarde hérissée par cette motorisation, et des marques ne se risquant pas à se court-circuiter en les braquant. Mouais… à condition que les États du monde entier estiment recevable l’idée d’acceptation préalable avant de mettre en branle leur politique… Bien, bien illusoire. Paraît d’ailleurs que l’Inde veut bannir en 2030 tous les véhicules thermiques, on ne parle pas de mobilité urbaine, là, mais de mobilité tout court, et d’économie, dans un pays qui vend près de 7 millions de deux-roues par an. Les constructeurs ne pourront pas nous dire qu’ils n’ont rien vu venir… Comme nous à Milan, remarquez.

Trac

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