L’édito de Trac’ – MR 4065 : Vaches à lait



Comme tous les quinze jours depuis des lustres, Thierry Traccan, rédacteur en chef de Moto Revue ouvre le magazine avec son édito.

Alors là, chapeau l’artiste ! Franchement, comment ne pas rester coi – et admiratif – devant l’humour dont a fait preuve la Sécurité routière en choisissant l’endroit où allait se dérouler la phase d’expérimentation de sa dernière trouvaille… Et dire que je suis passé à côté de tant de talent comique ; que pas une fois, au hasard des routes (on y revient) de la vie qui m’ont conduit à rencontrer à plusieurs reprises des personnes officiant dans cet organisme, si j’avais bien pu déceler certaines choses, jamais leur sens de l’humour ne m’avait sauté aux yeux, pas plus qu’aux oreilles… Promis, la prochaine fois que j’en rencontre un – ou une –, je commence par me ligaturer la langue pour ne pas éclater de rire et ouvre grand mes esgourdes, réglées en mode second degré, voire troisième. C’est vrai qu’on est miro quand même, le tableau est joli, le message évident, et la campagne est si belle…

Quoi de plus drôle en effet que de choisir la Normandie pour expérimenter la privatisation des radars embarqués ? La Normandie, c’est le pays du lait, donc des vaches, donc des vaches à lait ! C’est amusant ça, non ? Décider d’organiser ses tests grandeur nature dans une région où le calembour, une fois soulevé, devient évident, c’est osé, non ? Bien plus en tout cas, que les risques financiers pris par l’État qui aurait déjà, selon l’association 40 millions d’automobilistes, accordé ce lucratif marché public de privatisation des radars à une entreprise privée (Challencin Accueil et Services) chargée de gérer les 26 voitures banalisées en charge de sillonner les routes normandes pendant les quatre prochaines années. Enfin, quand on dit lucratif, si la société privée s’y retrouvera évidemment puisque l’État lui versera 2 millions d’euros par an (pour un total de 8 millions sur 4 années donc), c’est surtout ce dernier qui fera le méga jackpot avec l’argent des contraventions car, d’après les données que nous a communiquées l’association, c’est près de 130 millions d’euros qui seront récoltés, chaque année, sur les routes normandes.

Le calcul ? Assez simple. Sachant qu’une voiture privée banalisée relève environ 30 infractions (pour un panier moyen de contravention de 57 €) par heure, que cette même voiture roule 8 heures, et que la flotte se composera de 26 véhicules, ça nous donne donc : 30 x 57 = 1710 x 8 = 13680 x 26 = 355 680 par jour. En multipliant sur une année, 365 jours, on obtient 129 823 200 euros. Qui a dit que l’État ne savait pas compter ? Il paye un service 2 millions d’euros et en ramasse 130. Pas mal comme rendement, mieux que le Livret A… Et puisque l’idée serait d’avoir à terme 440 véhicules banalisés circulant sur le territoire national, on atteint cette fois 2,2 milliards d’euros chaque année. Vertigineux, non ? Mais pas de panique, soyez-en assurés : tout ça, c’est que pour notre bien… Après les vaches à lait, reste encore Panurge et ses moutons.

Trac

5 Commentaires - Ecrire un commentaire

    1. Et oui, l’humour est la politesse du désespoir dit-on…
      Une majorité de français veut la répression à outrance, la punition définitive, le Bien de Tous… et reporte pour ça ses fantasmes et ses peurs sur l’autre.
      « Que vive le crime sans victime, et la victime sans crime ». Nouvelle devise de notre pays.

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  1. Il y a forcément plusieurs personnes, parmi les lecteurs et lectrices de MR, qui ont un membre de leur famille (proche ou éloignée) travaillant activement de près ou de loin (des chefs ingénieurs, par exemple) à cette belle innovation technologique qu’est le radar « mobile mobile ».
    Dans l’affirmative il serait intéressant d’avoir une idée (en 2 mots) sur leurs ………. motivations.

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