Essai – Kawasaki J300 : Le vert est dans le fruit



Jamais de scooter chez Kawasaki ! Ça, c’était le credo d’avant. Car maintenant que ce juteux marché est à maturité, la marque verte a décidé d’en croquer. Pour se faire les dents, voici le J 300 : un engin « emprunté » au taïwanais Kymco mais optimisé en interne pour offrir plus de rigueur et de nervosité. Au-delà des contingences économico-industrielles et des arguments marketing, évidemment une seule question : ce premier scoot’ Kawasaki est-il à la hauteur de son blason ?


IL N’Y A QUE les imbéciles qui ne changent pas d’avis. L’adage n’a jamais pu être prouvé mais une chose est certaine, il arrange bien Kawasaki en ce moment. Car après avoir dit pendant des années qu’il n’y aurait jamais de scooters battant pavillon vert (pas assez sportif, eu égard à la réputation Kawa), voici que la marque d’Akashi en dégaine un l’air de rien. Bon, du scooter, après tout, presque tout le monde en fait aujourd’hui : les trois autres constructeurs japonais, évidemment les Italiens (inventeurs de la Vespa et du MP3) mais aussiles Chinois, les Allemands de BMW et trèsbientôt, les Autrichiens « Ready to Race » de KTM.

Même Harley a donné brièvement dans le genre et il se murmure que Ducati plancherait aussi sur la question. Le gâteau est généreux et par ces temps de vaches plutôt maigres, on comprend que comme les autres, Kawasaki veuille en croquer. Pour passer à table, la marque verte s’est toutefois avancée à pas de chat. Pas question de développer en interne un produit de A à Z au risque de se louper par manque d’expérience.

Pour accoucher de ce J 300, Kawa s’est directement adressé à un spécialiste du segment, le taïwanais Kymco (motoriste par ailleurs des maxi-scooters BMW) qui lui a conçu l’engin (et le fabrique) sur la base d’un modèle existant dans sa gamme : le Dink Street 300. Quand on pose les yeux Kawasaki J 300 sur le J 300, difficile, en effet, d’ignorer complètement son ascendance. Les volumes sont les mêmes que ceux du Kymco et la parenté stylistique de certains éléments (échappement, selle) trahissent une quasi gémellité.

Pour autant, Kawasaki ne s’est pas contenté d’apposer deux autocollants et un peu de peinture verte pour emballer l’affaire. Non seulement le constructeur s’est attaché à revoir le design des éléments de carénage afin d’y intégrer ses propres codes stylistiques (regard plus effilé façon supersportive, feux arrière à Leds façon Z…) mais en outre, il a tenu à hausser le niveau de finition, offrant à son premier scoot’ des leviers réglables en écartement, desdisques façon pétales (bof…), un guidon imitant l’aluminium, des durites de frein tressées (de quoi rendre jalouse la ZX-10R !) et surtout, des mousses de selle au moelleux enfin digne de ce nom.

 


Assis au guidon de l’engin, le regard posé sur un poste de pilotage à l’exhaustivité quasi automobile, l’impression est celle d’un scooter plutôt haut de gamme, façon Yamaha Xmax 400. Oui mais voilà, c’est un Kawasaki (ou du moins, il a la prétention d’en être un). Est-ce que l’on retrouve, sur route, un peu de ce caractère propre à la marque ? Au démarrage, pas vraiment. À l’instar de la plupart de ses collègues, le monocylindre 4-temps Kymco donne dans la discrétion, entonnant des vocalises qui font plus penser à un sèche-cheveux qu’à une Kawa pur jus. En revanche, quand on tourne la poignée droite, l’impression est assez prometteuse : ça répond tout de suite. Bien mieux par exemple qu’un Honda Forza 300 caricatural jusqu’à l’excès dans sa placidité. Cela dit, ce n’est pas tout à fait une surprise, un Kymco (l’Xciting 400) essayé il y a quelques mois nous avait déjà fait cette bonne impression, d’autant que Kawa a retravaillé l’injection afin d’offrir plus de couple sur les régimes intermédiaires.

Autant dire que pour un scoot’ 300 de 28 ch, en moteur, on est bien et on en a suffisamment sous la poignée pour évoluer à l’aise sur voies rapides (les 140 km/h sont atteints sans problème). Sur le plan dynamique, le bilan est là aussi plutôt positif, l’amortissement est un peu dépassé sur les compressions rapides générées par un bitume en mauvais état mais offre suffisamment de rigueur pour rouler à allure soutenue sans désunir la partie-cycle. Le freinage est quant à lui sans reproche et a en plus le bon goût de profi ter de série d’un ABS peu intrusif pour la catégorie.

Bref, vous l’aurez compris, en termes de prestations dynamiques, ce « Kymcowasaki » s’en sort plutôt bien. C’est en revanche au niveau de l’accueil passager et pilote qu’on a quelques reproches à formuler : à propos du plancher qui n’autorise au conducteur qu’un seul positionnement des pieds, à l’aplomb de l’assise, quand la concurrence (le Suzuki Burgman, notamment) permet souvent d’étendre les jambes. À propos du vide-poche ensuite, qui accueille certes de quoi recharger un smartphone mais fait l’impasse sur un verrouillage à clé. À propos des commandes de l’affichage numérique aussi, installées au niveau du bloc compteurs et difficiles à manipuler avec des gants ou encore, à propos de la bulle, certes esthétique mais non réglable et un peu courte pour protéger du vent relatif.

 


Le plus gros grief concerne toutefois l’espace de rangement sous la selle, certes délicatement éclairée par une lampe à Leds, mais qui ne permet l’installation que d’un seul casque. Comme si au moment de définir le cahier des charges de son premier scooter, Kawasaki avait hésité à franchir complètement le Rubicon…

Verdict : Pour son premier scooter, Kawasaki rend une copie rigoureuse (quoi qu’un peu limitée côté pratique) mais dénuée d’originalité – ce qui peut se comprendre, quand on veut tester le marché avec prudence. Reste à savoir si les kawasakistes, auxquels le J 300 est destiné, seront sensibles à cet appel de phare. Ou si, pragmatiques comme le sont pas mal de scootéristes, ils préféreront son cousin, le Kymco, certes un peu moins sexy mais vendu seulement 4 399 €.

Kawasaki J 300, en bref  :

  • + 140 km/h
  • 28 ch
  • 3 mkg
  • 191 kg tous pleins faits
  • 5 099 € (5 249 € en coloris noir et vert)
  • Disponible en gris satiné, noir ou noir et vert.
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