GP de France – Les réponses de Michel Turco



Le circuit Bugatti au Mans accueillait la 4e épreuve du championnat du monde MotoGP. À l’occasion de ce week-end perturbé par la pluie, vous avez pu poser vos questions à notre envoyé spécial, Michel Turco. Voici ses réponses.

Stéphane : Pourquoi, malgré une puissance supérieure, les 1000 sont-elles moins rapides que les anciennes 800 au tour? Est-ce dû à la vitesse de passage en courbe? Cela veut-il dire que les moto2 sont plus rapides en virage que les MotoGP? Si oui, quelles sont les différences de vitesse et comment l'expliquer ?
Michel Turco : Il est encore un peu trop tôt pour comparer les performances des 1000 avec celles des 800. C’est vrai que pour l’instant, il n’y a pas eu d’amélioration des chronos en MotoGP. Mais hormis au Qatar, la pluie s’est invitée lors des trois Grands Prix suivants, compliquant le travail de mise au point des équipes. A terme, les 1000 rouleront plus vite que les 800 puisqu’elles sont plus rapides en vitesse de pointe et ne passent pas beaucoup moins vite en courbes. Ceci étant, plus une moto est puissante, plus son pilote a intérêt à casser le virage en se ralentissant davantage avant le point de corde afin de tourner court pour pouvoir relever au plus vite sa machine et faire passer la puissance au sol.

Quentin : Est ce que les CRT ont le potentiel pour se rapprocher des prototypes ou alors les écarts vont-ils se creuser au cours de la saison ? Est ce que le développement est important et pouvons-nous espérer voir un pilote de premier plan en 2013 sur ce type de machine ? Est-ce que le team de Johann Zarco peut lui fournir un moto encore plus performante pour la suite de la saison quand son coéquipier fera son apparition ?
M. T. : Théoriquement, les CRT devraient pouvoir un peu réduire l’écart qui les sépare des prototypes. Ces motos sont toute nouvelles, et on l’a vu avec les Moto2 qui ont gagné près de 3 secondes en trois ans avec les mêmes moteurs, la mise au point et la connaissance du matériel sont cruciales pour la performance. Malheureusement, il ne faut tout de même se bercer d’illusions. Ces machines ne disposent pas d’un développement officiel et restent dans le domaine de l’artisanat, ce qui, face à la puissance des services courses Honda, Yamaha et Ducati, ne permet pas d’envisager un miracle. Pour ce qui est de Zarco, je ne crois pas que l’arrivée d’Eric Granado change pour lui quoi que ce soit. Le pilote brésilien a 16 ans et tout à apprendre. Après, le développement en Moto2 reste plus que limité. Rappelons que tout le monde a le même moteur et que les châssis sont tous proches les uns des autres. L’important, dans cette catégorie, c’est de savoir régler son châssis pour se sentir en confiance et parvenir à économiser ses pneus sur la longueur de la course.

Christophe : Quand un pilote est poursuivi par un autre, entend-t-il la moto de l'autre ? "Sent-il" réellement la présence de l'autre mis à part le panneautage ?
M. T. : Il entend non seulement le bruit de la moto de son adversaire, mais comme vous le dites, il le sent aussi. Au Mans, Stoner a expliqué qu’il savait exactement où se trouvait Rossi quand il l’a rejoint. L’un comme l’autre avaient alors en tête l’accrochage du Grand Prix d’Espagne 2011. Ils en ont d’ailleurs plaisanté lors de la conférence de presse, ce qui était très sympa.

 


Jorge : Ne penses-tu pas que le MotoGP est fini ? Il ne reste que 3 marques en proto et Stoner sera champion cette année ! Les CRT vont moins vite que les SBK et les courses sont très ennuyantes… Stoner va finir sa carrière et Rossi dit qu'il ne restera pas longtemps en GP.
M. T. : Les pilotes passent, la course reste. Les championnats du monde de vitesse existent depuis 1949, ils ont connu des grands moments et des périodes difficiles, avec le retrait des usines, les changements de réglementation… Le MotoGP traverse une phase compliquée due à la crise, mais il s’en remettra. C’est la vitrine du sport moto. Sinon, Stoner n’est pas encore champion, et Rossi a dit au Mans qu’il voulait faire encore deux saisons en MotoGP.

Euromotors : Stoner vient d’annoncer l’arrêt de sa carrière pour la fin de la saison ,c’est un coup de tonnerre dans le milieu MotoGP, Honda doit quand même quelque part être sous le choc. Cette décision arrive après l’épisode chez Ducati ou déjà, il a failli tout arrêter. Il invoque un championnat dégradé, qui ne le fait plus rêver, plus de motivation, alors que deux ou trois belles saisons s’offraient probablement encore à lui. Que pensez-vous de tout ça ? Bonhomme fragile ou bien bravo l’artiste, belle leçon de vie et de courage? Également, ne risque-t-on pas d’avoir la même chose avec Valentino à la fin de cette saison?
M. T. : Stoner est un type à part. C’est un écorché vif, qui se comporte comme il pilote, et qui dit ce qu’il pense sans toujours prendre le temps de réfléchir au pourquoi du comment. Sa décision est respectable. Le milieu de la course ne lui a jamais convenu, c’est un sauvage qui préfère vivre à la campagne pour aller à la pêche et à la chasse. Sa femme lui manque quand elle n’est pas là, et la naissance de sa fille a compliqué encore un peu cette situation. Il dit n’avoir jamais couru pour l’argent et la gloire, et n’a plus de plaisir en MotoGP, compétition dont il n’aime pas l’évolution avec la création du CRT et d’un championnat à deux vitesses. Soit. Mais que propose-t-il en claquant la porte ? Rien. À t-il conscience que plus aucune équipe n’a le budget de financer des prototypes à 3 millions d’euros ? Ezpeleta est un bon à rien ? Ok, mais il oublie un peu vite que c’est lui qui, avec Alberto Puig, l’a aidé à courir quand il a débarqué en Europe pour vivre dans sa caravane. Même si je pense que son choix est respectable, je ne partage pas le point de vue que ceux qui voient en sa décision un comportement romantique, ou celui d’un révolutionnaire qui a le courage d’envoyer promener le système. Stoner aurait effectivement pu continuer à gagner beaucoup d’argent, mais il en a quand même déjà mis suffisamment de côté pour se la couler douce jusqu’à la retraite. Après, je ne suis pas certain qu’il sache vraiment ce qu’est une vie normale.

Julien : Bon il s'avère que j'avais raison en prédisant un éventuel départ de Casey il y a 15 jours… Donc je réitère ma question : peut-on désormais envisager un transfert de Rossi chez Honda même si leur relation n'était pas resté au beau fixe.
M. T. : Tout est possible, Shuhei Nakamoto l’a dit et répété, aucune porte n’est aujourd’hui fermée. D’autant que depuis que Rossi a claqué la porte du HRC fin 2003, les têtes ont changé du côté de chez Honda.

 

Ronny : Je suis surpris de voir Stoner prendre sa retraite. D'après lui, les choses ont changé mais dans le mauvais sens, de quoi parle t-il ? Des CRT ? Pensez-vous qu'il va continuer dans le domaine de la moto ou va t-il complètement changer de vie ?
M. T. : Il ne veut plus entendre parler de moto mais vivre normalement, dans sa ferme, avec femme et enfant. Et si la course lui manque, il pourra toujours participer au championnat australien V8 où il a fait une apparition l’hiver dernier.

Benoît : Avec le retrait de Stoner, le HRC peut-il n’engager qu’une seule machine "officielle" en 2013 et monter un écurie B pour faire rouler Marc Marquez (et ainsi respecter la réglementation) ?
M. T. : Non, le team Honda Repsol est tenu par contrat à aligner une équipe de deux pilotes. Si la règle qui impose à un rookie de passer par un team satellite est maintenue, Marquez ne pourra pas intégrer l’an prochain l’équipe HRC.

Jean-Christophe : On a entendu des nouvelles peu rassurantes à propos de Bankia, groupement de banques semble-t-il assez mal ficelé, au bord de la faillite, et qui aurait subi une importante vague de retrait de fonds de la part de ses clients, avant d'être finalement privatisé. Étant donné qu'il s'agit d'un sponsor important des structures Aspar, as-tu entendu parler de possibles répercussions sur les programmes de sponsoring ?
M. T. : J’en ai parlé avec Gino Borsoi, le bras droit d’Aspar Martinez, ce week-end. Pour l’instant, le team espagnol ne sait pas ce que va entraîner la nationalisation de la banque espagnole. Les engagements pour 2012 seront respectés, mais l’avenir est plus incertain. Même si Borsoi estime que, même nationalisé, un grand groupe a besoin d’image, et donc d’investissement dans la communication, on peut s’interroger sur la pertinence de participer au financement d’une équipe de Grands Prix quand on vient d’être renfloué par de l’argent public.

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