Les réponses de Michel Turco à vos questions



Le GP de République tchèque qui s’est déroulé le week-end dernier sur le magnifique circuit de Brno a été marqué par l’ultra domination de Casey Stoner sur la Honda officielle. A l’occasion de ce Grand Prix, vous avez pu poser vos questions à notre envoyé spécial Michel Turco. Voici les réponses aux questions que vous lui avez posées.


Alfredo : Les techniciens qui ont suivi Rossi et qui arrivent de chez Yamaha ont-ils leur place chez Ducati ? Jéremy Burgess sera-t-il là l’année prochaine ? Est-ce là un « point faible » pour le développement de la GP11 ?
Michel Turco : Jeremy Burgess et les mécaniciens qui travaillent avec Valentino depuis plus de dix ans ont tout à fait leur place chez Ducati. Ce ne sont de toute façon pas eux qui développent la moto. En tant que chef mécanicien, Burgess fait le lien entre les différents ingénieurs et, fort de son expérience et sa relation privilégiée avec Rossi, propose ses idées pour régler la moto. A moins que les problèmes de santé de sa femme le décident à prendre sa retraite, Jerry devrait poursuivre l’aventure aux côtés de Valentino en 2012. Et ce même si la greffe de l’équipe anglosaxone (hormis Bernard Ansiau, tous sont australiens ou néo-zélandais) au sein de la structure italienne ne tient pas du conte de fée…

Laurent : Selon le site motomatters, Randy devrait rester en MotoGP en 2012 malgré sa saison très décevante jusqu'à présent. Est-ce grâce à son passeport ou à sa saison 2010 avant sa chute ?
M. T. : L’avenir de Randy de Puniet en MotoGP est loin d’être assuré. D’autant que le Français ne veut pas entendre d’une place dans une équipe CRT. Les places sont rares et chères, et pour l’heure, son maintien dans l’équipe Pramac semble être sa meilleure chance pour rester en Grands Prix. Pour le reste, quoi que certains en pensent, Randy est l’un des rares pilotes à avoir le niveau pour courir en MotoGP. Quant à sa nationalité, elle est loin d’être un handicap. S’il peut lui apporter soutien pour l’aider à garder sa place, Carmelo Ezpeleta ne s’en privera pas.

Peigase : Je voulais vous parler d'un pilote qui fait partie de mes deux chouchous et dont on ne parle pas assez, c'est Valentin Debise en Moto2. Je pense qu'il est un grand espoir de la moto Française mais manque de réussite due très certainement à son manque d'expérience et aussi à quelques accrochages avec d'autres pilotes qui l'ont privé de ses premiers points (CF Willairot en Allemagne alors que Valentin allait très certainement finir dans les points). Cette année, il a une bonne machine, mais malgré tout je suis inquiet car sans point, son avenir est quand même incertain. Qu’en pensez-vous ?
M. T. : Même s’il a la capacité de réunir un budget pour trouver un guidon, Valentin doit prouver sur la dernière partie du championnat qu’il est capable de rentrer dans les points. Bien que ça ne soit pas vu sur le plan comptable, il a progressé sur les dernières courses. C’est un jeune pilote qui ne démérite pas, mais il lui faut maintenant concrétiser pour assurer son avenir en Moto2.

 

Jérémy : J'aurais voulu savoir si certains pilotes MotoGP étaient issus d'un milieu amateur ? Et s’ils ont commencé la piste par leurs propres moyens, sans sponsors ?
M. T. : Tous les pilotes qui sont présents au sommet de la pyramide de la course moto ont commencé par le bas de l’échelle. Si la plupart ont eu la chance d’avoir des parents qui leur ont mis le pied à l’étrier dès le plus jeune âge, d’autres sont arrivés sur le tard et un peu par hasard. Max Biaggi par exemple n’a découvert la moto qu’à 18 ans en accompagnant un de ses copains sur le circuit de Vallelunga. Un pilote qui a du talent passe rarement inaperçu.

Bernard : Des rumeurs circulent à propos d’un départ de Valentino Rossi de Ducati pour Honda l’année prochaine. En savez-vous d'avantage?
M. T. : Valentino Rossi a démenti en République tchèque toutes les rumeurs qui circulent à son sujet. Il a affirmé qu’il honorerait l’an prochain sa deuxième année de contrat avec Ducati.

Yann : Arnaud Vincent, Mike Di Meglio… comment expliquer que nos champions du monde ne confirment pas en catégorie supérieure ? Zarco a-t-il le potentiel pour qu'on le retrouve un jour en MotoGP ?
M. T. : Décrocher un titre de champion du monde 125 n’offre aucune assurance quant à une réussite dans les catégories supérieures. Certains pilotes ne parviennent pas à s’adapter aux motos, d’autres flanchent psychologiquement… Rien n’est jamais écrit. Pour ce qui est de Zarco, il a jusqu’à présent prouvé qu’il avait le niveau pour se battre pour la victoire en 125. C’est un garçon talentueux, travailleur et déterminé et on peut effectivement imaginer qu’il arrive un jour en MotoGP. Pour cela, il doit déjà commencer par gagner son premier Grand Prix 125, briller en Moto2… La route est encore longue.

 

StefCB500 : La saison des transferts va commencer. Quelles sont les pistes de nos frenchies ? Randy bien sûr mais aussi, Zarco (restera-t-il en 125 ? ), Cluzel (sa saison n'est pas convaincante ), Di Méglio qui peine avec la Mistral, Masbou qui fait des performances honorables avec une KTM pas au top, et les autres ?
M. T. : En MotoGP, Randy peut espérer rester chez Pramac. En Moto2, Jules devrait rempiler avec le team Forward. Di Meglio va devoir briller sur les dernières courses s’il veut retrouver un bon guidon, qui ne sera certainement pas chez Tech 3. Idem pour Debise. Pour ce qui est des pilotes 125, Masbou et Rossi espèrent trouver un guidon pour la future catégorie Moto3.

Stéphane : Le cadre carbone de la Desmocedici est très critiqué, la remplaçante de la 1098, qui a le même genre de cadre, souffre en mise au point avec pourtant Troy Bayliss à son guidon… Rossi finira-t-il par réussir à obtenir un cadre alu ou le commercial l'emportera-t-il en obligeant la machine de GP à garder cette solution technique qui ne semble pas la bonne pour appuyer la carrière de la machine de série ?
M. T. : Filippo Preziosi a d’ores et déjà dessiné un nouveau cadre aluminium qui sera réalisé dans les prochaines semaines soit par Suter, soit par FTR, deux sociétés qui maîtrisent cette technologie. Malgré les tensions en interne –Claudio Domenicali ne voulait pas de ce choix qui va décrédibiliser le lancement de la nouvelle Superbike qui reprend effectivement de nombreux choix techniques de la D16-, Rossi a donc obtenu satisfaction.

Grégoire : L’année prochaine les motos passent en 1000cm3, j'aimerais donc savoir quels constructeurs seraient amenés à venir en MotoGP ? Aprilia et leur RSV4, BMW ou bien encore Kawa ? Et si ces constructeurs venaient, quels pilotes seraient capables de tenir un guidon ?
M. T. : Aucun nouveau constructeur ne va s’engager l’an prochain en MotoGP. On devrait en revanche trouver des moteurs BMW, Aprilia et peut-être Kawasaki, au travers d’équipes privées engagées grâce à la nouvelle règle CRT (claiming rule teams) qui permet d’aligner des châssis prototypes équipées de moteurs dérivés de la série avec 24 litres d’essence et 12 moteurs pour boucler la saison.

Guigui403 : Pourquoi Hervé Poncharal ne propose pas ou n'a jamais proposé à Randy de Puniet un guidon dans son équipe Tech3? Un Français compétitif dans une équipe française compétitive ne serait-elle pas une bonne idée?
M. T. : Randy de Puniet a failli courir chez Tech 3 en 2005. L’affaire a capoté au dernier moment à cause du sponsor de l’époque, le groupe Altadis, qui a imposé Ruben Xaus. De ce jour, un malaise s’est créé entre Hervé Poncharal, Randy de Puniet et Eric Mahé, l’agent de Randy. Même si toute le monde entretient officiellement des relations courtoises, disons qu’une certaine défiance sépare les deux camps.

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