Essai Triumph Bonneville T120 Black : la Bonneville du 21e siècle

Triumph Bonneville T120 Black © DR


C’est l’icône de Triumph, mais aussi l’emblème du style néo-rétro dont elle est l’initiatrice. À l’occasion de la sortie de son ultime évolution, rebaptisée T120, la Bonneville entend bien marquer les esprits comme son époque, elle qui semble plus que jamais ancrée dans le XXIe siècle.

Intemporelle. La Bonneville traverse les âges et semble rajeunir à mesure qu’elle écrit son histoire. Mais si elle n’a de cesse de se réinventer, c’est toujours en gardant au fond d’elle l’esprit qui lui a donné le jour en 1959. 57 ans plus tard (un record de longévité), l’appellation est toujours d’actualité et dépoussière même le fameux « T120 » de la pionnière, qui désignait alors les 120 mph (miles per hour, soit 193 km/h) que cette anglaise se vantait de pouvoir atteindre du haut de son twin de 649 cm3 donné pour 47 ch. Mais les choses ont bien changé puisque pour 2016, la Bonneville apparaît comme une toute nouvelle machine, entièrement repensée pour symboliser au plus haut niveau le néo-rétro. Évolution majeure de ce renouveau, le moteur, qui passe carrément à 1 200 cm3 et adopte surtout le refroidissement liquide. Des caractéristiques qui feront certainement bien tousser les amateurs d’authenticité mais qui ont le mérite d’ouvrir grand les portes des normes Euro 4 à la machine britannique tout en lui offrant des prestations pour le moins prometteuses : ce sont ici quelque 80 chevaux qui s’annoncent mais aussi et surtout 10,7 mkg débarquant au régime très respectable de 3100 tr/min.

On remarque au passage le calage à 270° de ce twin, plus prometteur que les 360° de la précédente génération ayant tendance à « lisser » exagérément son caractère. Certes, la nouvelle Bonneville n’est plus la sylphide d’antan (elle s’affichait à 166 kg en 1959) avec ses 224 kg annoncés à sec, mais ses dimensions relativement compactes ne rebuteront personne. Ainsi, la généreuse selle molletonnée toise à 78,5 cm du sol, tandis que l’empattement se maintient à 1445 mm. Une ligne basse et assez plate rehaussée d’une finition de haute volée. La qualité de fabrication saute en effet aux yeux au travers de détails flatteurs dont l’ensemble mécanique sort grand gagnant. Le bicylindre se laisse ainsi scruter dans ses moindres recoins sans jamais prêter le flanc à la critique. De ses carters moulés au traitement de surface granité, en passant par ses bagues de sorties d’échappement délicieusement rétro, ses tubulures d’échappement dessinant de belles arabesques et masquant intelligemment leur chambre de tranquillisation ou encore ses superbes faux carburateurs à bouchon façon laiton, ce bloc estampillé 1200 HT (pour High Torque, soit « couple élevé ») assure le spectacle. Il a également la bonne idée de masquer astucieusement son système de refroidissement liquide (radiateur positionné de façon verticale entre les tubes du cadre) et conserve par ailleurs ses ailettes aux bords polis sur la culasse dans cette version Black.

Triumph Bonneville T120 Black © DR

Et la mécanique ne s’arrête pas en si bon chemin : elle se dote pour l’occasion d’une électronique faisant encore défaut à nombre de machines plus modernes. La nouvelle Bonneville se pare ainsi d’un accélérateur électronique de type Ride by Wire qui lui offre deux modes de conduite, Rain et Road (seule la sensibilité des gaz est affectée). À chacun de ces modes sont affectés un antipatinage déconnectable et l’ABS. De quoi exploiter en toute sérénité les nouvelles ressources de ce moteur désormais accouplé à une boîte comptant six rapports. Côté partie-cycle, la T120 perpétue la tradition du classicisme, avec un bon vieux cadre double berceau en tubes d’acier, une fourche classique de 41 mm dépourvue de réglage, une paire d’amortisseurs ajustables en précharge, ainsi que des jantes rayonnées (18 pouces à l’avant) chaussées de gommes à chambre plutôt fines (100 mm à l’avant et 150 mm à l’arrière). Le freinage suit cette simplicité avec des disques non flottants de 310 mm pincés par des étriers à deux pistons signés Nissin. En revanche, le look comme l’équipement témoignent là encore du soin que Triumph souhaite apporter à sa Bonneville : double compteur analogique doté de fenêtres digitales à commande déportée (infos relativement complètes), béquille centrale, large poignée passager, poignées chauffantes (3 allures), prise USB sous la selle, feux de jour à Leds (commutation manuelle avec le feu de croisement), feu arrière également à Leds et bouchon de réservoir fermant désormais à clé (malheureusement non monté sur charnière). Bref, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette nouvelle Bonneville sait susciter le désir. Alors, en selle !

Essai dynamique – classique au gros coeur

La nouvelle Bonneville T120 promet beaucoup sur le papier. Des promesses qui ne tardent heureusement pas à se concrétiser dès que l’on prend place à bord et que la mécanique s’ébroue…

C’est toujours ça de gagné : les normes Euro 4, aussi restrictives soient-elles, n’ont pas eu raison de la bande-son des gros twins. En tout cas, pas celle de la Bonneville 2016. Gougloutant à souhait sur son régime de ralenti sans affoler pour autant le voisinage, l’inédit bicylindre en ligne sonne déjà bien profondément et semble annoncer que son appellation « High Torque » n’a rien d’usurpée. L’installation aux commandes n’est qu’une simple formalité, la hauteur d’assise réduite facilite grandement les choses. Pieds bien en contact avec le sol, buste droit et bras raisonnablement écartés, twin ronronnant, il est bientôt temps d’enclencher la première. Car avant de s’élancer, il est utile de faire connaissance avec l’électronique. Par défaut, le mode sélectionné est le Road. D’une pression du pouce droit sur le bouton dédié, on peut alors passer en Rain si tant est que la chaussée soit glissante. Précisons que le changement de calibrage du Ride by Wire ne pourra se faire, une fois en mouvement, que gaz coupés et débrayé. Vient ensuite le tour de la commande flanquée d’un « i » sur la gauche du guidon, laquelle fait défiler les informations sur l’afficheur et permet de désactiver, selon son humeur, ABS comme antipatinage (ces derniers sont réactivés systématiquement lors de chaque coupure d’allumage).

Triumph Bonneville T120 Black © DR

On peut également presser le discret bouton des poignées chauffantes et ajuster l’une des trois intensités de cet équipement très appréciable lors de matinées encore fraîches. N’y tenant plus, on enclenche le premier rapport de la boîte six, constatant au passage la souplesse de la commande d’embrayage dotée de l’incontournable système antidribble. Et si le poids de la Bonneville se fait tout de même bien sentir lors de quelques manœuvres effectuées moteur coupé, l’équilibre et la neutralité de sa partie-cycle lui offrent une belle maniabilité à basse vitesse. Certes, la roue avant de 18 pouces a légèrement tendance à engager sur un demi-tour, mais le phénomène s’estompe à mesure que l’aiguille de vitesse entame son escalade. La T120 millésime 2016 joue clairement la carte du confort et propose un remarquable moelleux d’amortissement, de nature à gommer les petites irrégularités du revêtement. Dès lors, grâce à la position décontractée, les premiers tours de roues s’opèrent avec une grande quiétude, la souplesse du twin se conjuguant à sa rondeur dans les bas régimes tout comme à la légèreté de la sélection. Mais la bonhomie de ces premiers échanges a tôt fait de verser dans un registre davantage tourné vers la force pure lorsque le poignet droit ouvre les gaz. Le couple du nouveau moteur saute alors à l’assaut des Pirelli Phantom, qui prouvent ici que leur dessin est aussi rétro que leur grip est à l’ordre du jour. La métamorphose par rapport à l’ancienne Bonneville et son 865 cm3 crédité de 6,9 mkg est impressionnante.

La hausse de sensations va de pair avec les nouvelles prestations dynamiques, même si l’on pourra déceler quelques à-coups d’injection à la remise des gaz en mode Road. Le souffle conséquent du nouveau bloc offre ainsi des performances inédites à la Bonnie. Et s’il a à cœur de briller sur la partie centrale de son compte-tours, il ne dédaigne pas s’aventurer aux abords de la zone rouge, prouvant au passage que ses 80 ch ne sont pas de pacotille. Revers de la médaille, cette tonicité tend à mettre à mal la simplicité de la partie-cycle. Du coup, en cas de conduite trop brutale, l’ensemble se désunit et engendre quelques mouvements ondulatoires que le freinage, pourtant relativement peu gâté par la nature, mettra un point d’honneur à juguler honorablement. Là, lorsque les corps d’injection pulvérisent au maximum (sic), l’inertie de l’ensemble (équipage mobile + masse générale) chahute les suspensions, qui peinent à freiner leurs mouvements faute d’une hydraulique suffisamment contrôlée. Mais chacun aura compris que la T120 ne se destine pas aux étapes chronométrées. Car même en enroulant les courbes sur le gras du couple, la faible garde au sol en virage rappellera à l’ordre les plus sportifs et leur intimera d’opter plutôt pour une certaine Thruxton, bien plus à l’aise dans l’exercice (elle partage la même base moteur pour 1000 € de plus en version standard). Revenus à un rythme plus conciliant pour les tétons de repose-pieds mais non dénué de relances musclées, on constate la confondante sobriété du bicylindre annoncée par l’instrumentation : avec tout juste 5 litres/ 100 km de moyenne (valeur à vérifier lors d’un prochain comparatif) obtenus sans chercher l’économie, l’anglaise promet, grâce aux 14,5 litres de son bidon, d’abattre près de 300 km avant de devoir pousser !

Triumph Bonneville T120 Black © DR

Nez au vent, on déguste l’onctuosité de la mécanique comme des passages de vitesse, aussi doux que rapides, et cette sensation de joie communicative qu’apportent les deux silencieux type « saucisson », qui pétaradent sobrement à la décélération. On termine en précisant que nous n’avons eu à l’essai que la version « Black », caractérisée par la quasi-absence de chrome et de pièces en aluminium brossé (ici en teinte noire, comme le moteur, l’échappement ou encore les jantes), et qui se décline en deux coloris : un noir brillant fatalement très à-propos ainsi qu’un gris mat plus discutable vu l’appellation. Les déclinaisons « non Black », avec leurs chromes omniprésents, intensifient encore le côté rétro et s’échangent entre 11 900 et 12 200 € selon le coloris choisi. Alors certes, la Bonneville monte sérieusement en gamme, aussi bien côté cylindrée qu’au niveau de son tarif. Mais face à cet agrément largement revu à la hausse, cet équipement pour le moins fourni (nous n’avons pas cité le large arceau de maintien passager ou encore la très pratique béquille centrale) et ce niveau de finition absolument remarquable, il y a tellement peu à lui reprocher… On peut même se réjouir de voir débarquer sous peu d’autres déclinaisons reprenant les bases de cette T120, tels un Scrambler ou un Bobber (quelques clichés volés circulent déjà sur la Toile) en plus des Thruxton standard et R !

Verdict

La légende Bonneville s’assure un avenir sous les meilleurs auspices avec cette version 2016. Son passage en classe supérieure, superbement mis en valeur par son excellent bicylindre 1200 à refroidissement liquide, la fait certes sérieusement grimper question tarif, mais ses nouvelles prestations en valent vraiment la peine. Ainsi, si la précédente génération manquait cruellement de personnalité mécanique, cette T120 du XXIe siècle remet les pendules à l’heure et s’annonce d’ores et déjà comme une future réussite commerciale. Bravo, Triumph !

Triumph Bonneville T120 Black © DR
Assurément très esthétiques, les deux compteurs manquent toutefois de lisibilité côté chiffres (km/h
et tr/min) une fois l’obscurité venue. En revanche, les indications fournies par les deux écrans numériques sont nombreuses. Il ne manque que la température ambiante.
Triumph Bonneville T120 Black © DR
Le design des feux de jour à Leds est en plein boom
du côté des deux-roues, et la Bonneville utilise cette technologie avec beaucoup de style.
Triumph Bonneville T120 Black © DR
Les grip-genoux, agréables à l’usage, sont livrés de série.
Triumph Bonneville T120 Black © DR
Plutôt joliment dessinés, ces disques de 310 mm sont montés fixes (non flottants). Les étriers à deux pistons assurent le job avec brio.

12 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. L’initiatrice du genre néo-rétro n’était pas la précédente Triumph Bonneville, mais la Kawasaki 750 Zéphyr Héritage suivie de la W650.
    Merci de bien vouloir rectifier.

    Répondre
  2. J’aurai ma nouvelle Bonnie T 120 la semaine prochaine. Je laisse ma superbe T 100 de 2011. Mais bon elle n’était plus en phase avec mes vieux nonosses…
    Et puis j’ai eu le tort d’essayer la T 120 : l’essayer c’est l’adopter !

    Répondre
  3. J’ai fait 100 km avec et même à 2500 tours elle est agreable. J’ai fait une dizaine de kilomètres à 3000 tours à 120 en 6eme. Poignées chauffantes : le 9 décembre c’est appréciable ! Sensation de confort et luxe. Vraiment une belle machine !

    Répondre

Ecrire un commentaire