Furion : projet en quête d’hybridation

Furion


La moto de série à motorisation hybride n’existe pas… sauf dans la tête et l’ordinateur de Marc Evenisse, qui a bien l’intention de passer du rêve à la réalité. Alors que ce spécialiste en modélisation 3D est au début de la longue et tortueuse route qu’il espère le mener à une industrialisation, nous lui avons demandé quelles sont les potentialités de ce projet pour le moins singulier.

La moto électrique n’intéresse quasiment personne. Pourquoi penses-tu que la moto hybride peut, elle, rencontrer le succès ?

Pour l’instant, les motos électriques proposent des performances et des autonomies modestes, les secondes étant d’ailleurs corrélées aux premières. L’intérêt de l’hybride, c’est d’augmenter les deux, tout en limitant la consommation de carburant fossile et les émissions polluantes en secteurs urbains. La Furion, telle que je l’ai en tête, c’est une moto capable de rouler en tout électrique sur une cinquantaine de km, ce qui est idéal en ville, mais capable aussi de rouler en 100 % thermique et bien sûr en mode hybride, le thermique rechargeant l’électrique et la puissance des deux moteurs s’additionnant. Des déplacements propres en ville, de l’autonomie et de hautes performances sur route. C’est ça l’idée, et je pense que ce sont deux arguments qui peuvent séduire les motards.

C’est un projet sur lequel tu travailles depuis combien de temps ?

Depuis assez peu de temps en fait. C’est parti d’une esquisse, mise en ligne il y a deux ans et qui a suscité beaucoup de retours positifs. Ça m’a donné envie d’aller plus loin et j’ai commencé à constituer un petit réseau avec des amis ingénieurs, j’ai rencontré des gens de la moto, de l’auto, des pilotes aussi, comme Adrien Chareyre, qui ont proposé de m’apporter leur soutien, leur expertise. Petit à petit, le réseau a grandi. On se retrouve à une quarantaine à croire à ce projet, à y participer. Et du coup, ça me pousse à aller de l’avant, sans pour l’instant me fixer de limites en termes d’idées, d’inspirations.

C’est ce que j’ai cru comprendre : il paraît que la moto que tu as en tête est non seulement hybride mais qu’en plus, son moteur thermique est rotatif.

Ça, c’est ce que j’avais en tête au début : utiliser un moteur rotatif, comme sur la Suzuki RE5 ou la Norton F1 pour renforcer le côté exclusif de la machine. Mais bon, j’en suis revenu : c’est un type de moteur qui coûte cher et qu’il est compliqué, aujourd’hui, de dépolluer. Non, à ce stade du projet, l’idée, c’est plutôt d’utiliser un moteur de grande série, un twin de 500 à 600 cm3 par exemple, et de lui associer une suralimentation.

Moteur thermique + suralimentation + moteur électrique : vous n’avez pas froid aux yeux, toi et tes amis !

Disons que c’est une solution qui nous semble aller dans le même sens que l’hybridation : l’adaptation aux contraintes environnementales de l’époque. Mais la suralimentation n’est, à ce stade, qu’une possibilité. En ligne de mire, nous avons une consommation de 3 litres aux cent et un encombrement réduit de la partie thermique. On va voir comment y arriver.

Tu es spécialisé en modélisation 3D. Envisages-tu une partie-cycle aussi atypique que le moteur ? En impression 3D métal par exemple ?

Un cadre treillis en fabrication additive, je sais que certains l’ont fait (APWorks, une filiale allemande d’Airbus, sur la Light Riders, une petite moto électrique en 2016), mais ça coûte extrêmement cher à produire et on n’a pas beaucoup de recul par rapport au vieillissement dans le temps de ce type de matériaux. La moto que l’on imagine repose sur un treillis en tubes d’acier soudés. Quelque chose de très classique. En revanche, l’impression 3D est envisagée comme une solution pour la phase de prototypage mais aussi les éléments d’habillage.

De l’habillage, il y en a peu puisqu’il s’agit d’un roadster. Qu’est-ce qui t’a d’ailleurs incité à opter pour ce type de moto et pas, par exemple, pour une grosse GT, plus apte, on l’imagine, à embarquer une double motorisation et des batteries ?

Ce sont les roadsters qui, de loin, se vendent le plus en France et, pour communiquer sur un projet, c’est beaucoup plus séduisant qu’une GT. En outre, il n’est pas utile d’avoir énormément de place sur la moto. Sur une machine hybride, on a besoin de moins de batteries.

La Furion a le look d’un gros roadster sportif. Vises-tu des performances comparables à celles des modèles thermiques équivalents, comme une Kawasaki Z 1000 ?

Ce n’est pas exactement comparable, la puissance n’est pas caractérisée de la même façon en électrique et en thermique. Sur un moteur électrique, le couple maximal est présent immédiatement. Pour l’instant, on n’a pas d’objectif précis en termes de puissance. On vise une soixantaine de chevaux en électrique, environ 120 pour la partie thermique. La question du poids se pose aussi. On compte être sous les 250 kg en ordre de marche.

Tu parles de la nécessité de séduire. L’objectif, c’est vraiment une industrialisation ?

Oui. L’objectif, c’est même de créer une nouvelle marque de moto.

Tu te doutes que c’est une route longue, semée d’embûches et parsemée de péages. Beaucoup ont échoué, surtout en France. Tu l’envisages comment le financement de ce projet ?

C’est délicat et un peu paradoxal. Pour l’instant, on a déboursé un peu plus de 12 000 euros mais la moto n’existe qu’à l’état de modélisation et de maquette. Or pour séduire des « business angels », il nous faut produire un démonstrateur, c’est-à-dire un prototype fixant à la fois notre design, notre champ de compétences et pouvant être un vecteur de communication. Le souci, c’est que ça coûte 60 000 euros et qu’on ne les a pas.

Du coup, tu comptes sur qui pour amorcer la pompe ?

Les pouvoirs publics, on a essayé, mais on se rend compte que la moto, ce n’est pas ce qui les stimule le plus, surtout en période électorale (rires). Alors, on tâtonne : le projet participe à des concours de design pour se faire connaître, là on vient d’en faire un à Monaco où on est arrivés en finale. Et on fait appel à toutes les bonnes volontés : si les gens ont envie de soutenir le projet même de façon modeste, ou de se rapprocher de nous, simplement pour nous connaître et en savoir plus sur notre démarche, ils sont les bienvenus. Ils peuvent entrer en contact avec nous via notre site Internet et même me contacter personnellement au 06 20 03 10 04.

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Le moteur rotatif, représenté sur ces esquisses, a été abandonné. Trop cher et trop compliqué à dépolluer.
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La Furion n’existe pour l’instant qu’à l’état de représentation en 3D. Son design évoque celui de la nouvelle Z 900, mais il a pourtant été élaboré avant la sortie du roadster Kawasaki.

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Un Commentaire - Ecrire un commentaire

  1. Super projet 🙂 techniquement dans l’air du temps je ne peux que vous encourager et vous souhaitez la pleine réussite. Assurément une philosophie pour laquelle je débourserais… Mais pour réussir un déploiement, attention aux coûts!

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