MotoGP – Le Mans : Les réponses de Michel Turco

Valentino Rossi & Johann Zarco, MotoGP Le Mans © Jean-Aignan Museau


Vous avez été nombreux à poser vos questions à notre envoyé spécial Michel Turco à l’issue du Grand Prix de France. Voici ses réponses…

Thibault : Comment Yamaha officiel vit la réussite de Zarco ? Bénéficie-t-il d’amélioration 2017 de ce fait ? Et si non, est-ce prévu ?

Bien évidemment, les bons résultats de Johann sont une aussi une satisfaction pour les dirigeants de Yamaha, même si par certains moments le meilleur comportement de la M1 2016 dont dispose le Français laisse à penser que la nouvelle moto n’a pas tant progressé que ça. Pour ce qui est des améliorations, Johann peut éventuellement bénéficier d’évolutions sur des réglages d’électronique ou sur une meilleure compréhension de son matériel grâce au soutien dont dispose le team Tech 3. Rappelons qu’il y a une totale transparence entre les deux garages, plusieurs ingénieurs japonais étaient détachés auprès de l’équipe française.

Dr Fatalis : Quels ont été les problèmes rencontrés par les pilotes Honda ce week-end ? Comment expliquer une telle différence avec Jerez, et vice-versa pour les Yamaha ?

A la différence des pilotes Yamaha officiels venus faire une journée d’essais au Mans avant le Grand Prix d’Espagne, Marquez et Pedrosa avaient préféré de ne pas rouler pour se préserver une journée d’essais ailleurs, celles-ci étant limitées à cinq sur la saison. La météo capricieuse en début de week-end ne leur a pas laissé beaucoup de temps pour travailler à la mise au point de leur machine, et Rossi comme Viñales ont eu d’emblée un petit avantage. Par ailleurs, les Yamaha s’étaient retrouvés à la rue à Jerez à cause d’un revêtement manquant énormément de grip. Or, le nouveau circuit du Mans offre un grip exceptionnel qui a fait les affaires de la M1. Ajoutons à ça que le circuit Bugatti a toujours été une piste favorable aux Yamaha. Enfin, on sait aussi que cette saison, d’un circuit à l’autre la fenêtre de tir des Michelin varie énormément, et comme les Yamaha et les Honda ne mettent pas les pneus en contrainte de la même manière, on a toujours quelques surprises en arrivant sur un nouveau tracé.

Christian : Il me semble que KTM a une approche pragmatique, qui semble porter ses fruits et apporter ses premiers résultats… Jusqu’où pensez-vous qu’ils peuvent aller dans cette logique ? Loris Baz fait sa meilleure place sur le sec lors de son GP national, où le situez-vous dans la hiérarchie ? Loris étant tout de même assez inconstant il me semble, malgré maintenant un peu d’expérience dans cette catégorie…

Je ne sais pas si l’approche de KTM est pragmatique, mais ce qui est sûr c’est l’arrivée du moteur big bang a Jerez a considérablement amélioré le comportement de la RC16. Espargaro et Smith qui se plaignaient d’une machine trop physique se disent ravis de l’évolution de son comportement. Après, partant de loin, il est normal que KTM progresse. L’usine a de gros moyens, financiers et humains, une équipe expérimentée sur le terrain et deux pilotes qui ont fait leur preuve. Néanmoins, ils sont encore loin du top dix à la régulière, et les dernières marches seront les plus difficiles à gravir. Pour l’instant, KTM reste bien en-deça de l’Aprilia. Pour ce qui est de Loris, on sait que c’est un pilote qui ne manque pas de talent et qui peut faire un coup de temps à autre. Etre là tous les dimanche, c’est une autre affaire… Sa taille demeure un handicap, et à sa décharge la Ducati GP15 est loin du niveau des motos de pointe.

 Pishe : Pourquoi les pilotes de Moto2 et Moto3 se servent de la bande peinte à gauche au bout de la ligne droite des stands pour prendre le premier virage et pas en MotoGP ?

Parce que ces motos sont moins rapides en vitesse de pointe et que leurs pilotes n’ont donc pas les mêmes trajectoires.

Baïkeur : Concernant Fabio, j’ai souvenir d’avoir lu un article « expliquant » ses résultats sommes toute décevants par une implication et une préparation trop limitée pour performer au plus haut niveau. Qu’en penses tu ? Les Yam 2017 ont utilisées le nouveau carénage à ailerons intégrés le WE dernier. Tech3, non. Penses-tu que ces ailerons puissent être intégrés sur le modèle 2016 ? Guy Coulon a expliqué que Johann pilotait avec une fourche très souple. Quels avantages cela apporte à Johann ?

Je ne sais pas si l’implication de Fabio est à ce jour insuffisante, mais une chose est sûre le Niçois semble aujourd’hui un peu perdu. Je pense qu’il aurait besoin d’un coach au quotidien, et on ne peut que regretter que Randy de Puniet ne soit plus à ses côtés pour des raisons qui leurs sont propres. Pour l’instant le team Tech 3 ne dispose pas du carénage 2017, et il ne semble pas prévu que Yamaha le leur fournisse. Carénage qui, soit en dit en passant, ne semble pas pour l’heure apporter grand-chose. Pour ce qui est des réglages de Johann, ils sont liés à son pilotage propre et coulé. Tout comme ses choix de pneus toujours assez tendres.

Harry : Les commissaires de piste ont-ils manqué de vigilance pour ne pas avoir vu et signalé l’huile en cause de la gamelle collective en Moto3 ? Dans l’affirmative, ne devraient-ils pas être virés ?

L’huile qui a causé cette chute collective était celle qu’a laissée la moto de Kornfeil reparti après être tombé à la sortie de la chicane Dunlop. Les commissaires ne pouvaient donc pas imaginer que le pilote Peugeot était en train de vidanger son moteur en faisant le tour du circuit. Je ne pense donc pas que l’on puisse les incriminer de quoi que ce soit.

Jean-Luc : J’ai été surpris que Zarco signe si tôt pour 2018. Ne penses-tu pas qu’il est un peu tôt et que Zarco risque de se fermer des portes pour des discussions avec les usines vu le talent qu’il a démontré depuis le Qatar ?

Si Johann a signé si tôt, c’est qu’il est bien chez Tech 3, se plaît sur la Yamaha, et n’a jamais fait de l’argent sa priorité. Bien au contraire. Voilà qui est tout à son honneur et qui en dit long sur sa motivation, son implication et sa passion de la course. De toute façon, l’an prochain toutes les places de pilotes d’usine sont occupées. Mieux vaut pour lui miser sur la retraite de Rossi fin 2018 qui pourrait lui ouvrir les portes de l’équipe officielle Yamaha.

Stéphane : On a vu le choix pneumatique « osé » de l’équipe Tech3. Comment analyser le fait que Johann choisisse toujours de chausser plus tendre que ses adversaires ? A-t-il un style de pilotage particulièrement doux avec les pneus ? Est-ce une stratégie qui consiste à privilégier son point fort, à savoir l’entame des GP ?

Johann a effectivement un pilotage très propre et très peu agressif pour les pneumatiques. C’est comme ça qu’il surclassait ses adversaires en Moto2 en fin de course, et c’est comme ça qu’il roule aujourd’hui en MotoGP avec des gommes effectivement souvent plus tendres que celles choisis par les autres pilotes Yamaha. Mais c’est plus une question de feeling que de stratégie. En tout cas c’est une autre raison, comme vous le soulignez, qui explique ses très bons débuts de course, ce qui n’était d’ailleurs pas le cas en Moto2.

Patrice : Comment se comporte Marquez hors caméra? Il semble être resté plutôt simple et facile d’accès, plus qu’un Lorenzo il me semble, y compris quand les choses ne se passent pas forcément bien pour lui…

Contrairement à ce qui se raconte sur les réseaux sociaux, Marquez comme Lorenzo sont des pilotes accessibles et toujours sympas avec la presse. Comme d’ailleurs la plupart des pilotes des Grands Prix moto. Tous ces types sont des pros qui assument leurs responsabilités et répondent aux questions. Après comme, toujours, chacun a plus ou moins d’affinités avec l’un ou l’autre. En tout cas, moi qui suis là depuis 1991, je peux vous assurer que les pilotes d’aujourd’hui sont beaucoup plus accessibles pour un journaliste que ne l’étaient la plupart des anglo-saxons au début des années 90. Une époque où, il est vrai, les points presse n’existaient pas et chacun faisait un peu comme il avait envie.

Max : Toi qui fait toute la saison, que penses-tu (sans chauvinisme) du GP de France comparé aux autres ?

C’est sans nul doute le Grand Prix qui offre aux spectateurs le show plus complet. Très peu de promoteurs prennent en effet la peine d’organiser le samedi soir un show mécanique et tout un tas d’animations de cet ordre là. La course handi était encore une nouveauté cette année. Les rencontres de la fan zone entre le public et les pilotes n’existent nulle part ailleurs. Ajoutons que Claude Michy a été le premier à organiser la visite de la voie des stands. Le promoteur français est d’ailleurs très écouté par Carmelo Ezpeleta. Le succès populaire du Grand Prix de France n’est qu’une juste récompense pour le travail que réalise Michy depuis plus de vingt ans.

Régis : À plusieurs reprises Marc Marquez a coupé la chicane du Chemin aux bœuf, tout comme Maverick Vinales dans son avant dernier tour (ce qui lui a permis de rester au contact de Valentino Rossi). Que prévoit le règlement en cas de dépassement des limites du circuit en course (en essais le temps est annulé) ? Depuis le bord de la piste, les pilotes ne semblaient pas tirer avantage de ce raccourci, mais ils ne semblaient pas non plus perdre de temps comme le sanctionne normalement une erreur de pilotage dans une courbe sans échappatoire…

La direction de course a les moyens de vérifier si un pilote qui mord à l’extérieur gagne ou non du temps. Au Texas, Rossi avait été pénalisé de trois dixièmes de seconde sur son temps de course après être sorti de la piste à la suite de l’attaque de Zarco. Les pilotes sont informés via leur tableau de bord des pénalités qu’ils encourent, mais aussi de leurs partiels. A eux de reprendre leur place quand ils coupent une chicane et de rendre la main pour récupérer le temps gagné. Un pilote qui répète la même erreur à chaque tour peut aussi être plus lourdement sanctionné à l’arrivée.

Michel : Comment sont attribués les points pour les constructeurs et les équipes ?

Pour le classement constructeurs, on attribue des points au premier pilote de chaque marque selon le même barème que pour que le classement pilotes, à savoir 25 points, 20, 16, 13, 11, 10, 9 …. Ainsi au Mans, Yamaha a pris 25 points grâce à Viñales, Honda 16 grâce à Pedrosa, Ducati 13 avec Dovizioso, Suzuki 6 avec Iannone, etc.. Pour les équipes, on aditionne les points des deux pilotes. Ainsi au Mans, c’est le team Yamaha Tech 3 qui a inscrit le plus de points (29), le team Yamaha officiel en ayant marqué 25.

Alain : Le public répond très présent en France sur les MotoGP. À quand une seconde course en France ? Quelle est l’audience du Superbike ?

Si le Grand Prix au Mans est incontestablement l’un des plus grands succès populaires de la saison MotoGP, il n’y aura pas de seconde épreuve en France. D’une part parce qu’aucun organisateur ne s’y risquerait, et d’autre part parce que plusieurs pays comme par exemple la Finlande et la Thailande sont aujourd’hui candidats à l’organisation d’un Grand Prix. Or, le promoteur du championnat s’est engagé à ce que le calendrier ne compte jamais plus de vingt épreuves. La situation de l’Espagne avec ses quatre courses est exceptionnelle et ne devrait d’ailleurs pas perdurer. L’affluence du Superbike à Magny-Cours est bien évidemment bien inférieure, de l’ordre de quatre ou cinq fois moins.

Amine : Les Ducati (qui ont peiné comme jamais au Texas) ont-elles perdu leur avantage de vitesse ou d’accélération (électronique ?), et donc, doit-on s’attendre à des bonnes perfs rouges au Mugello ou en Autriche, ou bien n’y a-t-il plus de circuits « favorables » aux Ducati ?

Les Ducati demeurent les motos les plus rapides, et il faudra sans nul doute compter avec elles lors des prochaines courses au Mugello et à Barcelone. Pour l’instant, le problème numéro un de Dovizioso est de parvenir à faire tourner sa machine. Un problème qui affecte depuis toujours la Desmosedici et qui semble bien difficile à résoudre à en croire le pilote italien. On ajoutera que l’interdiction des ailerons a certainement plus affecté Ducati que les constructeurs japonais compte tenu de l’important travail de développement qui avait été réalisé dans ce domaine par les Italiens.

5 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Avez vous des nouvelles de Jean Philippe Ruggia, aucune trace sur le net?
    Désoler, si c’est hors sujet, mais si Mr Turco passe par la…
    Merci pour votre réponse.
    Salut motard.
    Carl

    Répondre
  2. Bonjour Michel,

    Petite question en rapport avec le classement « team ».

    J’ai été étonné de voir qu’Aprilia n’est pas considéré comme un team « Usine », mais comme un team « indépendant », puisque les deux pilotes Espargaro et Lowes apparaissent au classement « 2017 Independent Team Rider ».

    Y’a t il une astuce ?

    Répondre
      1. je pensais que la Dorna obligeait les engagés en GP à monter d’abord un team usine, et seulement ensuite à fournir, si possible, un team satellite.

        Répondre

Ecrire un commentaire