Essai Ducati Monster 1200 S – Retour à l’essentiel



Ducati s’était un peu égaré il y a deux ans avec sa Monster 1200 et opère aujourd’hui un léger retour en arrière sur son gros roadster, en accentuant ses capacités sportives. Outre le design rappelant les origines, un surplus de puissance et une géométrie corrigée sont les secrets de ce retour en force…

« C’était mieux avant. » Cette phrase n’a semble-t-il jamais eu autant d’écho que ces dernières années. Si ce jugement peut sembler infondé, il n’empêche pas une course à la nostalgie dans de nombreux domaines, et la moto n’est pas épargnée. La nouvelle version de la Ducati Monster 1200 illustre parfaitement ce propos. La marque ne cache en effet pas sa volonté de faire ressurgir, dans une machine assurément moderne, les attributs de la première Monster datant de 1993, la fameuse « Mostro ». Marque premium oblige, le gros roadster italien doit aussi être à la pointe de la technologie pour assurer la réputation de la firme de Bologne et justifier les 13 990 € demandés pour l’acquisition du modèle standard (16 790 € pour la version S). Force est de constater que malgré le paradoxe de la situation, la Monster 1200 s’en sort sur les deux tableaux. Esthétiquement, la situation n’était pas réellement critique puisque la ligne de la Monster n’a jamais radicalement changé. L’italienne est toujours caractérisée par un style dépouillé et tout en rondeurs lui conférant un charme unique et irremplaçable. Quelques modifications sont tout de même à noter, puisque ce millésime 2017 s’affine. Le réservoir a été légèrement redessiné et s’avère moins ondulé et volumineux, perdant au passage 1 litre de carburant (16,5 l).

Une petite touche sentimentale vient d’ailleurs s’ajouter à cet élément à travers son accroche en aluminium sur le devant, proche du Neiman, comme à l’époque. La boucle arrière est, elle, plus minimaliste. Si le look sportif s’en trouve amélioré, notamment avec le capot de selle de série sur la version S, c’est au détriment de la place du passager. De plus, les poignées qui lui étaient destinées sont désormais placées sous la coque, et ne ressortent pas comme auparavant. Organe ô combien important et emblématique de la Ducati, l’unique phare conserve une forme similaire à celui de sa devancière, subtilement ovale, mais est désormais divisé par une rangée horizontale de Leds pour l’éclairage diurne. Un détail replaçant la Monster dans l’air du temps, à la fois techniquement et esthétiquement puisque les Leds sont à la mode; on en retrouve d’ailleurs dans le feu arrière et les clignotants de la S. Finalement, le changement le plus tape-à-l’œil se trouve être la forme des silencieux d’échappement. Ils adoptent un profil non plus rond mais carré, copiant le modèle R 2016 (qui, lui, reste inchangé au catalogue). C’est un symbole du virage sportif entrepris par cette récente évolution de la Monster 1200. Et les indications allant dans ce sens se multiplient, à commencer par la puissance du bicylindre en L Testastretta 11° de 1198,4 cm3 désormais fixée à 150 chevaux. La Monster gagne ainsi 15 unités par rapport à l’ancien modèle standard (135 ch) et cinq sur la version S (145 ch), en dépit de la soumission aux normes Euro 4.

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Le couple est en revanche pratiquement identique, avec une valeur maximale de 12,7 mkg à 7 750 tr/min, alors qu’elle s’exprimait à 7 250 tr/min. La géométrie a également été revue pour améliorer la vivacité et l’agilité de l’italienne. C’est pourquoi l’empattement a été réduit de 26 mm – 1 485 contre 1 511 mm – grâce à un nouveau bras oscillant raccourci, tandis que l’angle de la colonne de direction a été refermé (23,3° contre 24,3°). Paroxysme de la modernité et de la sportivité aujourd’hui, de multiples assistances électroniques viennent accompagner et renforcer la performance de la Ducati Monster 1200. Deux nouveautés, qui viennent directement de la Panigale 1299, sont à signaler particulièrement dans cet ensemble : le Ducati Quick Shift up/down, qui permet de monter et descendre les rapports sans toucher à l’embrayage, et une centrale de mesure inertielle Bosch, qui prend en compte l’angle de la machine dans le déclenchement de l’ABS et du contrôle antiwheeling. Reste à voir si la pratique rejoint la théorie.

L’essai dynamique : foudroyante

La puissance ne sert à rien lorsqu’il est impossible de l’exploiter, c’est pourquoi Ducati a revu la géométrie de sa Monster 1200. Il était devenu essentiel d’améliorer le comportement dynamique de la belle pour qu’elle retrouve toute son attractivité. Et les Italiens ne se sont pas loupés.

Il y a toujours un risque, lorsqu’on joue avec la limite, de basculer du mauvais côté. Ducati s’évertue depuis de nombreuses années à polir ses motos afin de les rendre plus accessibles à tous. Si la performance pure n’a jamais été remise en question – c’est l’essence même de la marque –, ce sont le caractère moteur et le comportement dynamique qui en faisaient les frais. Il n’était alors pas rare d’entendre les « Ducatisti » crier au scandale, se désolant de voir leurs machines préférées perdre leur âme, tandis que les nouveaux venus appréciaient de pouvoir prendre le guidon de telles motos sans subir les événements. Le twin de Bologne ne s’était pas pour autant transformé en quatre-cylindres en ligne, néanmoins, la première Monster 1200 apparue en 2014 est peut-être allée trop loin. Si la puissance pure était toujours au rendez- vous, son imposant gabarit et sa géométrie l’ont passablement éloignée de la sportivité généralement recherchée avec une Ducati, qui plus est avec une Monster. La part belle avait été faite à la polyvalence et au confort… et ça n’a finalement pas fonctionné sur le plan commercial. La firme de Bologne opère donc ici un remarquable rétropédalage pour retrouver le dynamisme perdu de son gros roadster. Une démarche dont on ne peut que se réjouir tant ce nouveau cru s’emmène avec plaisir.

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Les premiers kilomètres effectués avec la Ducati Monster 1200 S – la version standard n’était pas à l’essai lors de cette présentation mais les différences sont minimes – démontrent tout l’intérêt qu’ont eu les ingénieurs italiens à réviser la géométrie de cette machine. L’empattement réduit à 1 485 mm et l’angle de chasse refermé (23,3°) confèrent une vivacité et une agilité de premier ordre à la Monster. La diva italienne ne se fait pas prier pour partir à l’attaque de routes sinueuses, elle n’en fait même qu’une bouchée. Une légère poussée sur le guidon suffit à l’inscrire sur l’angle. Elle s’avère être en plus particulièrement sensible aux pressions sur les repose-pieds. Une aubaine facilitant la vie car, si le large cintre procure un effet de levier suffisant pour les changements d’angle, l’opération gagne en efficacité, en simplicité et en confort avec une telle incidence des jambes. La Ducati profite aussi amplement du profil arrondi des nouveaux Pirelli Diablo Rosso III pour s’incliner avec dextérité mais sans précipitation inconvenante. On se prend alors au jeu d’une conduite plus contraignante faite de freinages appuyés et de brusques remises des gaz. La Monster n’en semble pas plus émoustillée qu’à la normale et vous pousse à continuer, puisque son comportement reste sain. Le système de freinage Brembo, composé d’étriers radiaux M50 et de disques de 30 mm, offre une puissance et un ressenti exemplaire. Surtout, il entre en action sans brutalité et reste dosable.

Une armada informatique pour contrôler les chevaux

La fourche Öhlins et les étriers de freins Brembo M50 composent un train avant efficace et sain. Il assure une mise en confiance immédiate sur la moto.
La fourche Öhlins et les étriers de freins Brembo M50 composent un train avant efficace et sain. Il assure une mise en confiance immédiate sur la moto.

Le train avant profite alors du subtil travail de la fourche inversée Öhlins, entièrement réglable. Celle-ci encaisse la charge du freinage sans figer la machine – ce qui permet de facilement garder les freins à la mise sur l’angle – et se détend ensuite avec douceur, sans déstabiliser l’ensemble. Un régal. Il n’y a guère que la sensibilité de l’ABS à la roue arrière, bien trop intrusif, qui nous dérange dans cette phase de conduite. D’autant que cette assistance, désormais gérée par la nouvelle centrale inertielle issue de la Panigale 1299, peut ajuster la pression à l’avant lorsqu’elle détecte une complication à l’arrière. Et sur le coup, cela surprend! Toutefois, disposant de trois niveaux d’intervention, l’ABS peut aussi être tout simplement débranché. D’ailleurs, côté électronique, la Monster 1200 possède trois modes moteur (Sport, Urban, Rain) aisément sélectionnables au guidon, même en roulant. Eux-mêmes sont complètement paramétrables puisque le contrôle de traction et l’antiwheeling s’ajustent sur huit degrés d’action. Il faut pour cela se poser et s’enfoncer dans les méandres de l’ordinateur de bord TFT en couleur, particulièrement plaisant à l’œil, qui, au passage, évolue en héritant – bien qu’un peu tardivement – d’un indicateur de rapport engagé et d’une jauge à essence. Si cette armada informatique peut paraître superflue, elle est en réalité bien utile lorsque l’on lâche la cavalerie. Le bicylindre Testrastretta 11° ne se faisant pas prier pour démontrer la force de ses 150 chevaux.

L’optique est scindée par une rangée de Leds utile à l’éclairage diurne.
L’optique est scindée par une rangée de Leds utile à l’éclairage diurne.

La Ducati Monster 1200 S aime vous procurer d’intenses accélérations à condition de ne pas la solliciter sous les 3000 tr/min. Dans ce cas de figure, elle broute et reste sur place le temps de prendre du régime. Son couple de tracteur (12,7 mkg à 7750 tr/min) prend ensuite le relais et vous force à vous agripper jusqu’à l’horizon des 10000 tr/min. En plus, il ne faut pas compter sur une demi-seconde de répit puisque les différents rapports de vitesse défilent sous l’action du Quick Shift up/down, de série sur la version S, ce qui évite de couper les gaz. L’impulsion sur le sélecteur de vitesses doit néanmoins toujours être franche, sous risque de faux point mort. De même, on préférera empoigner l’embrayage (un poil dur) dans quelques situations, notamment lorsque l’on roule sur un rythme plus souple et détendu. Non, la Monster 1200 S ne va pas se montrer invivable à une allure plus cool. Sa position de conduite, bien que basculée vers l’avant et légèrement en appui sur les poignets, n’est pas fatigante, tandis que la selle échancrée s’avère moelleuse. Les plus grands apprécieront en plus la reconfiguration des repose-pieds pilote et passager. Soit l’idéal pour une balade reposante après votre petite spéciale en montagne.

Verdict

Difficile de ne pas tomber sous le charme de la Ducati. La Monster 1200 S est à la fois un bijou à regarder et à piloter. Si le bicylindre de 1198,4 cm3 en impose toujours autant côté sensations, aidé qui plus est par une mélodie des échappements filant des frissons, ce sont évidemment les nouvelles qualités dynamiques de la diva italienne qui font mouche. Bien plus simple à emmener, la Ducati dévoile une véritable sportivité dans son comportement. Il n’empêche que ses facultés lui permettent également de flâner plus innocemment. La nouvelle Monster démontre ainsi une certaine polyvalence qui n’est généralement pas l’acabit des roadsters sportifs. Mais ceci à un prix assez exclusif !

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’ordinateur de bord TFT couleur déjà complet possède enfin un indicateur de rapport engagé et une jauge à essence.
L’ordinateur de bord TFT couleur déjà complet possède enfin un indicateur de rapport engagé et une jauge à essence.
La Monster 1200 S s’équipe d’un nouveau monobras oscillant en alu, plus court, qui améliore notamment son comportement dynamique.
La Monster 1200 S s’équipe d’un nouveau monobras oscillant en alu, plus court, qui améliore notamment son comportement dynamique.
Le nouvel échappement aux formes carrées, bien plus esthétique que les tubes de l’ancien modèle, est issu de la Monster 1200 R 2016. Fidèle à l’esprit Ducati, le chant émis par l’élément est tout simplement envoûtant.
Le nouvel échappement aux formes carrées, bien plus esthétique que les tubes de l’ancien modèle, est issu de la Monster 1200 R 2016. Fidèle à l’esprit Ducati, le chant émis par l’élément est tout simplement envoûtant.

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