Suzuki SFV 650 Gladius : accessible, ludique et performante

Suzuki SFV 650 Gladius : accessible, ludique et performante


La Gladius présente beaucoup d'atouts dans un marché où la concurrence ne manque pourtant pas.

En ces temps consensuels où la quasi-totalité des motos freinent correctement, consomment peu et restent souples dans le bas du compte-tours, où les italiennes ne tombent plus – trop – en panne, où les allemandes abandonnent leurs commodos exclusifs et où les ricaines se convertissent discrètement à l’ABS, il est bon de tomber sur un engin sachant encore déclencher des batailles d’Hernani promptes à animer virilement le bouclard et le comptoir. À ce titre, au moins, grâce soit rendue à Suzuki d’avoir pondu la Gladius. Car s’il y a une machine qui a su cristalliser le débat à son arrivée, fédérant une foule de détracteurs sarcastiques et une poignée d’admirateurs quasi dévots, c’est bien elle.

Ses fautes (supposées) ? Un bio design loin des canons de l’époque (« Une crème glacée en train de fondre », disent certains), des emprunts stylistiques trop évidents à certaines italiennes nées du côté de Bologne (notamment au niveau du cadre treillis et de ses platines d’ancrage), un bicylindre au parfum de déjà-vu (celui de la SV 650 depuis deux générations) et enfin, ce nom renvoyant autant à la noblesse du latin qu’aux rimes et jeux de mots les plus triviaux (cherchez bien, on trouve assez vite). À vrai dire, pas grand-chose dans l’absolu, mais suffisamment pour flinguer un début de carrière. C’est donc dans un climat assez attendu de circonspection (chez les essayeurs presse) et d’appréhension (chez Suzuki, qui n’a pas le droit de se louper, surtout en période de crise, sur ce qui doit être une locomotive de ventes) que la Gladius apparaît enfin pour croiser le fer avec les Yamaha XJ6, Honda CBF 600 et autres Kawasaki ER-6.

 


"Plus belle en vrai"

Évidemment, ce qui en premier lieu nourrit les conversations et saute aux yeux de ceux qui la découvrent, c’est cette plastique atypique. Cela dit, ne comptez pas sur cet article pour en remettre trois couches sur la question et disserter à l’infini sur les goûts et les couleurs. Regardez plutôt les photos en gardant une chose en tête : de l’avis de tous ceux rencontrés lors de cet essai (admirateurs comme détracteurs), la Gladius est « tout de même plus belle en vrai », forte d’un gabarit ramassé et d’une peinture discrètement pailletée (notamment au niveau du cadre) jouant avec bonheur des rayons du soleil.

Bien sûr, les emprunts stylistiques sautent immanquablement aux yeux (un zest de MV Agusta côté optique, une bonne pincée de Ducati côté châssis, un peu du Scrambler Voxan au niveau des poignées passager…), mais l’ensemble s’avère plutôt harmonieux et ne déçoit vraiment que lorsque la qualité de certaines pièces tranche cruellement avec les modèles qui les ont inspirées : c’est le cas par exemple des fausses platines latérales de cadre – en fait de simples caches plastique peints couleur métal –, qui offrent un écho bien terne à celles en aluminium du Monster 696. Quelles conclusions en tirer ? Rien de rédhibitoire pour la Gladius. Juste la preuve, une fois encore, qu’il n’y a pas vraiment de miracle pour maintenir une machine sous la barre des 6 500 €.

Ce qui ne coûte pas cher en revanche, c’est de concevoir une bonne position de conduite. Et là, on peut dire qu’à 6 299 €, Suzuki nous en donne plutôt pour notre argent. À peine est-on assis sur le Glaive de Suzuki (non, ça ne fait pas mal) qu’on se voit adopter une position décontractée, un peu moins basculée vers l’avant que sur la plupart des roadsters actuels, par l’effet d’un guidon nettement cintré. L’agrément vaut aussi pour les jambes et pas seulement celles des grand gabarits : perchée à seulement 785 mm du sol et aidée par la finesse que permettent le bicylindre en V et le réservoir échancré, la selle est propice à l’accueil des moins de 1,65 m. De quoi satisfaire la gent féminine mais aussi les motards débutants, qui trouveront là une aide supplémentaire pour leurs manoeuvres à basse vitesse.

 


Une véritable petite usine à sensations

Pour autant, n’allez pas croire que la Gladius n’est destinée qu’à ces deux seules catégories de rouleurs. Ceux qui gardent à l’esprit qu’elle est motorisée par le twin de la SV 650 n’auront sûrement pas besoin d’en être convaincus. Pour mémoire, ce bicylindre apparu en 1999 pour faire face à Ducati sur le marché des twins mid-size offrait à l’époque la particularité d’être plus abordable que le Monster 600, tout en tutoyant – en performances et en agrément – la version 750 ! OK, c’était il y a – déjà – dix ans et les normes anti-pollution, souvent grandes castratrices de caractère moteur, sont passées par là.

Et pourtant ! Dès la mise en route du bicylindre de la Gladius, on a presque l’impression de faire un retour dans le temps, à l’époque bénie des moteurs à carbu. D’abord, il y a ce son à l’échappement, si rauque qu’il démentirait presque les 645 « petits » centimètres/cube de cylindrée et puis, dès les premiers tours de roues, le couple à bas et mirégimes nettement plus présent que sur la précédente version du twin (celle de la SV injectée sortie en 2003). Bref, une véritable petite usine à sensations, aidée en outre par une transmission qui tire court (15 x 46). Avec une telle base moteur, on n’a, vous vous en doutez bien, qu’un souhait : que la partie-cycle suive.

En ville, le pari est en bonne partie gagné : aidée par sa compacité et un rayon de braquage mesuré, la Gladius tient plus du fleuret que du lourd glaive romain auquel son patronyme renvoie, et s’affranchit sans mal des contraintes d’un trafic dense. Seul l’inconfort ressenti sur des chaussées irrégulières finit par agacer. Lacunes de l’amortisseur arrière pourtant monté sur biellettes ? Pas forcément. La faute semble plutôt imputable à la selle, fine et dure comme une planche à pain. Deux solutions pour chasser cette sensation désagréable de votre esprit : opter en option pour la selle « haute » de 800 mm (qui en plus d’être mieux garnie offre aux plus de 1,75 m une position de jambes moins pliée) ou, plus abordable et encore plus ludique, s’offrir une virée sur une départementale.

 


Des détails qui fâchent

Car là, pour peu que la route tourne un peu, il est vraiment difficile de penser à autre chose qu’au plaisir pur et simple. Non seulement le twin relayé par une boîte précise affiche une santé insolente (avec 5 mkg de couple disponibles dès 2 000 tr/min) mais en plus, la partie-cycle révèle une vivacité étonnante dans le sinueux et une indéniable rigueur à la mise sur l’angle, témoignant d’un train avant beaucoup moins approximatif que ce à quoi Suzuki nous avait habitués sur ses machines d’entrée de gamme. Seul le freinage – qui ne recevra pas d’ABS en option, du moins en 2009 – suscite quelques réserves. Offrant une bonne progressivité et des performances honorables en usage normal, les doubles pistons manquent un peu de mordant sur un gros freinage, sans toutefois s’avérer dangereux.

Alors, parcours sans – grande – faute pour ce Glaive si étonnamment aiguisé ? Après une première balade et un dernier coup d’oeil sur un poste de pilotage aussi complet que lisible (beaucoup plus que celui d’une Kawasaki ER-6, sa principale concurrente), on serait prêt à l’assurer. Mais voilà justement qu’un voyant se met à clignoter sous nos yeux : celui du passage en réserve. Pourtant, nous n’avons fait que 150 km. C’est là l’un des corrélats malheureux du très étroit réservoir d’essence : il n’accueille que 14,5 litres de sans-plomb. À la pompe, un dernier regard aimant pour chasser cette mauvaise nouvelle : hélas, parcourant le joli treillis tubulaire, nos yeux tombent au niveau de la colonne de direction sur un câblage électrique mal dissimulé et, un peu plus bas, sur des platines repose-pieds qui affichent déjà des marques d’usure au bout d’une journée de roulage. Fine lame ou pas, c’est aussi sur ce genre de détails que se forge une réputation.

Suzuki SFV 650 Gladius
+ 200 km/h
74,8 ch – 6,8 mkg
202 kg tous pleins faits
6299 €
Données constructeur à télécharger ci-dessous.

Retrouvez l'intégralité de cet essai dans le Moto Revue n° 3842 et un face-à face Suzuki SFV 650/Suzuki SV 650 N dans le Moto Revue n° 3843.

Suzuki SFV 650 Gladius : accessible, ludique et performante

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