Enquête - Demain, la moto sera transformable
Et si la prochaine niche incontournable du marché magnifiait le vieux standard de la multifonction, entraperçu au milieu des années 80 sur les premiers gros trails ? Et si la moto de demain côtoyait l’excellence dans plusieurs domaines plutôt que de continuer à la jouer solo, voire sectaire ? Et si la moto de demain était transformable ? Explications.

La Z 1000 pourrait servir de base à Kawasaki pour proposer une machine moderne capable de tout faire. © Anthony Colard
Ah je les entends déjà, les cartésiens, les statisticiens, les contrôleurs de tout poil… Je les entends déjà médire en se référant aux chiffres, rien qu’aux chiffres, le nez dans leurs tableaux excel. Une machine capable de tirer des boulets sur circuit, de vous faire voyager façon GT, d’être précise comme un supermot’, jolie, baroudeuse et maniable ? Mais ça n’existe pas et ça ne marchera jamais ! Certes, aujourd’hui, la mondialisation du marché, les impératifs industriels des décideurs et les choix qui découlent de leurs multiples « business plans » ne poussent pas dans ce sens.
Les roadsters se vendent bien (la catégorie a encore pris des parts de marché en 2009 malgré la crise…) ? Proposons-leur d’autres roadsters !!! Encore plus puissants, plus compacts, plus légers, plus design... Triumph réalise de bonnes ventes avec son Street Triple trois-cylindres ? Collons-nous dans l’aspi de ce drôle d’engin britannique, en proposant des modèles mid-size (entre 600 et 1000…) et profitons du filon ! On se dit souvent que les nouveautés sont obligatoirement le résultat de réflexions géniales sur les véritables attentes du client. Bref, que la création préfère la passion à la raison. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas.
Au pays du "risque zéro", le motard tape en touche
D’abord parce que le business est devenu diabolique et surtout parce qu’il est aujourd’hui régi par deux lois simples : « risque zéro » et « gros volume ». Une culture bâtie sur le résultat immédiat qui a eu comme principale conséquence d’étouffer dans l’oeuf toutes les frénésies créatives des constructeurs (fini les Honda NR 750 à pistons ovales, les 2-temps EXP-2 propres et injectés, les Suzuki à moteur rotatif, les Yamaha GTS à train avant révolutionnaire, les monos Ducati extra-performants, etc.). La nature ayant horreur du vide, ces touches de génie qui faisaient toute la différence (et mettaient en avant le savoir-faire du constructeur) ont été remplacées par une pensée comptable efficace mais glacée, mise en place par quelques décennies de cerveaux encravatés. Ça ne sent plus l’huile de ricin mais le CAC 40.
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