Humeur - En vous remerciant
Contrôlé et verbalisé par la Police pour « Remontée de file » dans les embouteillages, Enguerrand Lebec, journaliste à Moto Revue, regrette surtout le manque de pédagogie de certains représentants de l’ordre.

Illustration Jacques Vivant
Commencer l’année 2012 en récoltant 90 € d’amende dès sa première sortie à moto, c’est moche. Surtout quand on se fraye simplement un passage dans les embouteillages pour effectuer ce que les assureurs appellent un trajet domicile/travail. Oui mais voilà, sur la route, délinquant rime avec tout venant.
Et en ce matin de janvier, la brigade de police locale avait planifié son habituelle opération commando en bout d’autoroute. Le dispositif était déployé de manière massive. Un premier motard planqué avec des jumelles, puis deux autres traquant les coupeurs de zébras sans vergogne et plus loin encore, trois autres grappes de fonctionnaires aux abois, cherchant les deux-roues remontant par la droite la file de voiture engluée comme chaque matin. Précisons qu’à cet endroit, la voie unique ceinturée par un muret central rend suicidaire toute tentative de dépassement par la gauche.
Depuis près de cinq ans que je passe là presque tous les matins, comme des centaines de deux-roues, j’ai pu remarquer la présence des forces de l’ordre à des dizaines de reprises, occupées à verbaliser au hasard quelques motards. Car si, à cet endroit, tout le monde remonte en toute logique les voitures par la droite, la police, elle, ne peut arrêter tout le monde. Faute de moyens suffisants, et pour un même comportement, certains se font donc prendre et d’autres non.
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J'ai bien parlé de sécurité, car il s'agit de la sécurité financière de votre futur proche, des études des enfants, des dépenses afférantes aux grands froids, des projets qu'on repousse au fur et à mesure, c'est à tout celà que s'attaque le racket routier commandé par l'état, relayé par des préfets sur siège éjectable en cas de manque de profits et executé par des fonctionnaires trop zélés à qui ont confie des pouvoirs dépassants quelquefois leur compétence.
Il fut une époque ou les bandits de grands chemins vous détroussaient de vos biens. Ils agissaient sur les voies les plus fréquentées et leurs proies principales étaient les carrosses pimpants ou les cavaliers bien équipés. Nouvelle époque, nouveaux bandits. Aujourd'hui, on se fait dépouiller à la sortie des autoroutes, au moindre rond point, sur la plus petite ligne droite et tout le monde y a droit, du riche industriel en Porshe au chômeur en scooter. 90€, ca ne manquera pas pareil à l'un et à l'autre.
Si pour le premier, c'est un choix de resto différent pour le midi, pour l'autre, c'est l'impossibilité de payer son loyer ou de nourrir ses enfants.
Bon, une fois arrêté, le vilain contrevenant qui a eu l'audace de pas respecter à la lettre un code impossible à respecter, on a effectivement droit à la diatribe autoritaire des fonctionnaires trop paternalistes qui vous expliquent en long, en large et en travers ce que vous a déjà dit leur collègue 1 km plus tôt. Comme le code est impossible à respecter, le fonctionnaire trop zélé trouvera toujours quelque chose qui cloche, ce qui fait que tout contrôle est à éviter impérativement. Pour se faire, il faut utiliser des itinéraires BIS, souvent plus longs, en temps comme en distance, plus dangereux car empruntant des chaussées secondaires archi-défoncées, avec des signalisations surabondantes et contradictoires, des carrefours pas protégés, des dos d'ane à répétition, etc.
C'est à ce prix que vous réussirez, au bout de plusieurs semaines de perfectionnement, à dégoter le trajet idéal, dépourvu de tout contrôle surprise, sans risque de croiser les rapaces en bleu qui en veulent à votre pognon. Par contre, gaffe à la route, parce que le risque d'accident se trouve multiplié !
Concernant le discours laxatif des verbalisateurs de tous genres, le plus simple, c'est de faire comme les petits chiens qui remuent le tête sur les plages arrières des voitures. Et s'il faut dire merci à celui qui vous vole 90€, ben, faut pas hésiter à se répandre en remerciements, car de toute façon, quite à se faire en...er, mieux vaut essayer les matières oléagineuses plutôt que les gravillons qui remplissent les poches de nos flics hexagonaux.
Bonne route à tous, sans accident ni flics.
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