Allez, j’en suis quitte pour une séquence "transpiration" pour redémarrer ce fichu Triton. Arrêté sur une petite route au milieu de nulle part, j’ai bêtement calé en cherchant le point mort, délicat à trouver à cause du jeu de fonctionnement des commandes reculées. Procédons dans l’ordre : remonter l’embryon de repose-pied pour ne pas buter dessus avec le kick, déplier la biellette du kick en question, "ouvrir" d’un filet de gaz, ni trop, ni trop peu, chercher la compression et… Ra-ouuumph ! Broaaar, broaaar, broaaar, c’est reparti ! Maintenant, il va falloir envoyer la purée pour rattraper les autres. Allongé sur le réservoir en polyester, agrippé aux bracelets, les cuisses meurtries par la boucle arrière du cadre, luttant pour garder les arpions sur les repose-pieds malgré les vibrations, j’enchaîne les courbes dans le gras du couple et les relances à fond de quat’ dans les bouts droits. Je ne sais pas vraiment à combien je roule, les compteurs Smiths chronometric sont pris de tremblements parkinsoniens, le tonnerre des échappements couvre largement le fracas métallique du vieux twin, mais ça a l’air d’envoyer. Au croisement suivant (à droite ou à gauche ?), rebelote. Et cette fois, le bicylindre refuse de donner de la voix. Juste le cliquetis des coudes « swept-back » qui refroidissent dans le silence de la campagne, comme un ultime et satanique ricanement. Ça sent plus l’huile chaude que le soufre, mais c’est sûr : il y a du Malin, là-dedans…
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| Moteur Triumph T120, cadre Norton Featherbed, le Triton dans toute sa splendeur |
| Photo Fabrice Berry |
Heureusement, Arlette, Mathieu et Djouf me rejoignent. Car quand tu roules en Triton, avec ou sans rétroviseur, tu as toujours un œil sur les copains qui t’accompagnent. En Triton, bécane d’absolu à nulle autre pareille, tu n’es jamais seul. Ceux-là sont membres du club éponyme. Fondé en 1995 par Dédé, Nanard et Bobo (André Chardin, Bernard Gasnet et Boris Roudenko), le Triton Club de France regroupe près de 250 adhérents à jour de cotisations, plus de 400 inscrits à un moment ou un autre et un millier de machines recensées. Certains en possèdent donc plusieurs. Pour Arlette, c’est
« un art de vivre, une façon d’être ». Selon Mathieu, le Triton,
« c’est la moto anglaise à 120 % ». Djouf est tombé dedans depuis seulement deux ans, mais on le croirait déjà entré en religion. (La suite dans
Moto Revue Classic n°35)